01/02/09

Etymologie et caractéristiques botaniques des faux de Verzy

Etymologie : L'origine du mot "FAU"

Le nom scientifique du fau de Verzy est Fagus sylvatica L. var. tortuosa Pépin. Fagus sylvatica est le nom du hêtre commun.
Fagus, mot d’origine latine a donné le mot fau. Fau est donc un mot d’ancien français utilisé jadis pour désigner tous les hêtres. Dans le langage courant, il fut supplanté par « hêtre » d’origine germanique aux alentours du XVIIIème siècle. Seuls nos faux ont donc conservé leur dénomination latine.

Fagus sylvatica est suivi de tortuosa, en référence aux formes tortueuses de cette variété botanique, et de Pépin, nom du botaniste qui a baptisé ainsi notre fau en 1861.

Hypothèse: le fau serait le fruit d'une mutation génétique

Arbre remarquable, le fau ou hêtre tortueux est une probable mutation génétique du hêtre commun qui présente des caractéristiques propres. Les recherches sont encore en cours, et de nombreuses questions demeurent sans réponse. Une forte augmentation du budget alloué à ces recherches permettrait sans doute de lever le voile sur ce mystère de la nature, mais je doute qu'une telle enveloppe soit à l'ordre du jour...

Les caractéristiques propres aux hêtres tortillards: L'anastomose

Le hêtre tortillard est plus petit que le hêtre commun (dépassant rarement 4 à 5 mètres de haut). Il a la particularité de s’accroitre en branches et troncs entortillés, anguleux, et noueux. Il pousse lentement, se déploie en parasol dense, les extrémités de ses branches effleurant souvent le sol.
Une autre singularité du fau est sa capacité étonnante à se lier à ses voisins (capacité d’anastomose) : une branche de hêtre tortillard au contact d’une autre branche finit tôt ou tard par se souder littéralement à elle. Si deux branches d’un même fau peuvent se souder, le fau sait également s’unir à un autre hêtre voisin (hêtre commun ou fau), et même à un arbre d’une autre essence, comme le chêne. Etonnante propriété qui transforme parfois les faux en sculptures spectaculaires.

Reproduction des faux de Verzy: germination ou marcottage?

Le fau est un hêtre fragile adepte de la lenteur.
Il prend son temps, que ce soit pour s’accroitre ou pour se reproduire. Croissance plus lente et fertilité plus faible que chez le hêtre commun, sont compensées par une longévité supérieure, un diamètre de tronc plus important, et si les graines (appelées faînes) ont une germination très capricieuse, cet arbre se reproduit plus aisément par marcottage. Le marcottage spontané est d’ailleurs favorisé par la croissance en parasol de l’arbre : les jeunes rameaux des extrémités touchent la terre, s’y enracinent, et c’est ainsi que l’on peut parfois découvrir toute une couronne de jeunes pousses qui auréole un vénérable exemplaire à l’aplomb de sa ramure.
photo faux de Verzy
Un exemple de marcottage naturel: un jeune fau s'élève en bordure de la ramure du hêtre tortillard qui lui a donné naissance.

Les faux viennent-ils tous de la forêt de Verzy ?

La forêt de Verzy, dans la Montagne de Reims (Marne), abrite la plus grande concentration de faux mondiale. Toutefois, d’autres spécimens existent ailleurs, isolés ou en petits groupes, importés de Verzy ou spontanément présents : on peut ainsi en découvrir quelques uns en Lorraine, à la Pépinière de Nancy, parc splendide au charme désuet qui offre également de magnifiques magnolias à voir et à sentir. D’autres exemplaires isolés ou en petits groupes sont signalés dans d’autres régions de France et d’Europe, sans que l’on puisse prouver qu’ils ont été jadis importés de Champagne.

Programme de préservation des faux de Verzy:

Ces arbres, et en particulier le site de la forêt de Verzy sont aujourd’hui rigoureusement protégés, leur population a fortement diminuée au fil des décennies, et la tempête de 1999 les a fragilisés. Des parcours aménagés permettent de jouir de la présence des vénérables sans leur porter le moindre préjudice. Un balisage des sentiers qu’il faut impérativement respecter si l’on veut que nos petits-enfants puissent à leur tour les rencontrer un jour.
photo faux de Verzy
L'un des nombreux faux remarquables de la forêt de Verzy: Un hêtre qui s'est intimement soudé à un autre arbre. On distingue tout autour les petites barrières qui délimitent le périmètre de protection de l'arbre. (Voir le même fau remarquable photographié de plus près... grâce à un téléobjectif, pas en franchissant les barrières!)

Et les chênes faux? Vrais faux et faux hêtres...

Enfin, une petite précision : le terme de faux de Verzy est d’usage commun dans la région Champagne Ardenne et sur les guides touristiques, mais il est en réalité complètement faux. D’abord puisque comme nous l’avons évoqué en début d’article, le fau désigne étymologiquement un hêtre commun, et nos spécimens n’ont rien de commun. Mais aussi parce que les faux de Verzy ne sont pas tous des hêtres : certains chênes présentent cette même mutation génétique (probable) ainsi que quelques châtaigniers (il me semble ?) et croissent à l’image des hêtres tortueux.

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