Mars avril: le gui dévoile une timide fleur de printemps
Les butineurs déferlent en vagues bourdonnantes sur la Champagne alors que la ficaire commence tout juste à déplier ses pétales jaunes. C'est à se demander comment la campagne parvient à nourrir tout son petit monde. Il y a bien les quelques crocus du jardin, devant lesquels s'allonge une queue digne d'un guichet PTT aux heures de pointe. Mais les plantations de nos jardins sont loin d'assouvir la faim de chacun. Heureusement, la nature est bien faite (on ne le répètera jamais assez!), et faute de fleurs au sol, elle offre aux butineurs de grands festins en plein ciel: c'est l'époque des floraisons sylvestres: bouleau, noisetier, et autres arbres déploient mille ruses pour attirer la mouche ou l'abeille pollinisatrice (et rendre la vie impossible aux allergiques). C'est aussi en ce moment que se produit une floraison remarquable par sa discrétion: la floraison du gui.
Gui (Viscum Album)Étymologie, origine du nom
Histoire d'épater en société lors du prochain jour de l'an, ne parlons plus de banale branche de gui, mais de Viscum Album, de la famille des viscacée.
Viscum, un petit nom latin qui rappelle sans équivoque le mot visqueux, avec sans doute l'influence grecque du mot iksos qui signifie "glu". Le gui a donc sans conteste un côté collant. Ses fruits macérés, fermentés et cuits servaient d'ailleurs jadis à fabriquer une colle au doux nom de glu des oiseleurs.
Le viscum est alba, en référence aux baies translucides couleur d'albâtre sous lesquelles se déroule le traditionnel passage à la nouvelle année.
Viscum, un petit nom latin qui rappelle sans équivoque le mot visqueux, avec sans doute l'influence grecque du mot iksos qui signifie "glu". Le gui a donc sans conteste un côté collant. Ses fruits macérés, fermentés et cuits servaient d'ailleurs jadis à fabriquer une colle au doux nom de glu des oiseleurs.
Le viscum est alba, en référence aux baies translucides couleur d'albâtre sous lesquelles se déroule le traditionnel passage à la nouvelle année.
Gui: Un vrai parasite? (biologie de la plante)

Deux pieds de gui accrochés sur un tronc d'aubépine recouvert de lichen. Avec un peu de chance, l'un des pieds est femelle et l'autre mâle? (Printemps (mars) 2009 - Photographie nature macro 105mm en lisière d'une haie naturelle Marne - Champagne)
Le gui est un arbrisseau qui prend vite l'allure d'une grosse boule verte. Il s'accroche à son arbre hôte en fixant sur l'écorce un suçoir. Il est dit épiphyte: il vit sur d'autres plantes sans toucher le sol (épiphyte: un terme que l'on retrouve souvent pour désigner les champignons qui vivent sur le bois). Il peut coloniser plus d'une centaine de variétés, dont en particulier les pommiers, aubépines, peupliers, saules, robiniers faux acacias... et très rarement sur les chênes (voir plus bas). Il peut même coloniser une autre touffe de gui! Par contre, il ne goûte pas la sève du hêtre (une bonne nouvelle pour les Faux de Verzy...).
Avec sa capacité à s'infiltrer jusqu'aux vaisseaux de l'arbre hôte et y développer son suçoir pour aspirer la sève nourricière, il a tout d'un alien ou d'un vampire vert. Pourtant, tout n'est pas si simple: le gui n'est pas un parasite à part entière: il ne vit pas exclusivement aux dépends de son hôte puisqu'il est capable de fabriquer lui-même une part de ce qui lui est nécessaire pour vivre. Il est en effet tout à fait capable de photosynthèse. Par contre, il pompe allègrement l'eau et les sels minéraux de son hôte. Mais s'il provoque un affaiblissement de l'arbre ou une baisse de sa fructification, il n'entraîne pas une mort instantanée, comme le prouve son espérance de vie qui peut dépasser les 30 ans. Trente ans de vie commune, ça crée des liens réciproques, et lorsqu'il s'est lié à un arbre caduque (qui perd ses feuilles), il rend généreusement à l'arbre un peu de nourriture pendant l'hiver. Une interaction et un gain réciproque qui soudent le couple aussi sûrement que le pied du gui est soudé au tronc!
Avec sa capacité à s'infiltrer jusqu'aux vaisseaux de l'arbre hôte et y développer son suçoir pour aspirer la sève nourricière, il a tout d'un alien ou d'un vampire vert. Pourtant, tout n'est pas si simple: le gui n'est pas un parasite à part entière: il ne vit pas exclusivement aux dépends de son hôte puisqu'il est capable de fabriquer lui-même une part de ce qui lui est nécessaire pour vivre. Il est en effet tout à fait capable de photosynthèse. Par contre, il pompe allègrement l'eau et les sels minéraux de son hôte. Mais s'il provoque un affaiblissement de l'arbre ou une baisse de sa fructification, il n'entraîne pas une mort instantanée, comme le prouve son espérance de vie qui peut dépasser les 30 ans. Trente ans de vie commune, ça crée des liens réciproques, et lorsqu'il s'est lié à un arbre caduque (qui perd ses feuilles), il rend généreusement à l'arbre un peu de nourriture pendant l'hiver. Une interaction et un gain réciproque qui soudent le couple aussi sûrement que le pied du gui est soudé au tronc!
La reproduction et la floraison du gui
Un même pied de gui ne mélange pas les sexes, il est soit mâle, soit femelle: c'est une plante dite dioïque, et les butineurs sont chargés de mettre en relation les pieds mâles et les pieds femelles.
La floraison a lieu en ce moment, aux mois de mars, avril. Les fleurs, qu'elles soient mâles ou femelles, sont d'une discrétion exemplaire, mais bien connues par les mouches et abeilles du secteur! Grâce à la naïveté des butineurs qui travaillent pour une goutte de nectar, le gui se parera de fruits blancs vitreux (appelés abusivement baies) qui mûrissent en automne.
Pour disperser ses fruits à tout vent et semer ses graines, là encore le gui fait appel à la gourmandise animale: les grives en particulier raffolent des petites boules blanches. Mais la grive est gourmette: elle ne mange que la pulpe, et se retrouve avec une graine collante scotchée au coin du bec. Agacé, elle frotte son bec contre la première écorce venue pour s'en débarrasser. Et voilà une graine gentiment fixée sur un tronc d'arbre, par la glu naturelle de la pulpe, qui peut maintenant développer son fameux suçoir en toute tranquillité.

Les petites fleurs jaunes du gui, visibles au printemps. Selon les pieds, elles sont soit mâles, soit femelles, (les fleurs mâles et femelles présentent quelques différences). Les insectes assurent la pollinisation (mouche, abeille, syrphe...) - Macrophotographie mars 2009 haie sauvage en Champagne
La floraison a lieu en ce moment, aux mois de mars, avril. Les fleurs, qu'elles soient mâles ou femelles, sont d'une discrétion exemplaire, mais bien connues par les mouches et abeilles du secteur! Grâce à la naïveté des butineurs qui travaillent pour une goutte de nectar, le gui se parera de fruits blancs vitreux (appelés abusivement baies) qui mûrissent en automne.
Pour disperser ses fruits à tout vent et semer ses graines, là encore le gui fait appel à la gourmandise animale: les grives en particulier raffolent des petites boules blanches. Mais la grive est gourmette: elle ne mange que la pulpe, et se retrouve avec une graine collante scotchée au coin du bec. Agacé, elle frotte son bec contre la première écorce venue pour s'en débarrasser. Et voilà une graine gentiment fixée sur un tronc d'arbre, par la glu naturelle de la pulpe, qui peut maintenant développer son fameux suçoir en toute tranquillité.

Les petites fleurs jaunes du gui, visibles au printemps. Selon les pieds, elles sont soit mâles, soit femelles, (les fleurs mâles et femelles présentent quelques différences). Les insectes assurent la pollinisation (mouche, abeille, syrphe...) - Macrophotographie mars 2009 haie sauvage en Champagne
Histoire et légende du gui:cueillette, symbole et nouvelle année
Le gui, aussi appelé "bois de la sainte-croix" est un arbrisseau à très forte connotation symbolique: à la fois solaire par la couleur vert-jaune de ses feuilles et lunaire par l'aspect laiteux de ses fuits. Et que dire de sa ressemblance avec un nid d'oiseaux, dont les oeufs seraient ces mêmes fruits, arrivés à maturité alors que l'on change d'année, alors que les jours rallongent et marquent une renaissance? Le gui est entre deux mondes. Sous ses branches s'ouvre un passage: il montre la voie pour quitter des heures sombres où le gel stérilise les champs, et promet un retour à des journées qui rallongent, signe de renaissance du printemps.
S'il est associé à la "sainte croix", il est plus encore, dans l'inconscient collectif, l'apanage des druides en robe blanche qui cueillaient le gui sacré, le très rare gui du chêne en psalmodiant "Que le blé germe". Au moyen âge, cette incantation s'est transformée en "Au gui l'an neuf". Les mots changent, mais l'idée reste: une plante ambivalente, à la fois parasite et signe de renouveau.

Les célèbres boules blanches qui illuminent la non moins célèbre "branche de gui" sous laquelle on se souhaite de connaître une nouvelle année pleine de bonheur. Cette photo macro a été réalisée en fin d'hiver et les rares fruits du gui oubliés par les grives n'étaient plus de première fraîcheur!... Ils font passer, dit-on, les points de côté.
S'il est associé à la "sainte croix", il est plus encore, dans l'inconscient collectif, l'apanage des druides en robe blanche qui cueillaient le gui sacré, le très rare gui du chêne en psalmodiant "Que le blé germe". Au moyen âge, cette incantation s'est transformée en "Au gui l'an neuf". Les mots changent, mais l'idée reste: une plante ambivalente, à la fois parasite et signe de renouveau.

Les célèbres boules blanches qui illuminent la non moins célèbre "branche de gui" sous laquelle on se souhaite de connaître une nouvelle année pleine de bonheur. Cette photo macro a été réalisée en fin d'hiver et les rares fruits du gui oubliés par les grives n'étaient plus de première fraîcheur!... Ils font passer, dit-on, les points de côté.
Propriétés médicinales du gui
Le gui est une plante médicinale vieille comme le monde. Pourtant, ses fruits sont toxiques: 10 petites boules blanches, et c'est le risque de troubles digestifs ou, plus grave, d'accident cardio-vasculaire. La plante a des effets hypotenseurs, vasodilatateurs, diurétiques et des propriétés sédatives et anxiolytiques. Toutefois, l'automédication est à proscrire formellement!... même si la rumeur populaire prétend qu'un point de côté se combat en mâchant une baie de gui.
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Voilà encore une belle histoire qui, grâce à ta curiosité et à ta lecture de la nature, nous éveille à un supplément de connaissance.
RépondreSupprimerA ma grande honte (je suis pourtant originaire de la campagne), je n'avais jamais observé d'aussi près une fleur de gui. On comprend que les abeilles puissent se laisser séduire !
Grâce à tes photos, Cathy, j'ai pu enfin remédier à mon handicap...
Un détail sur cet arbrisseau "parasite" : il semblerait qu'il ne fasse pas partie de la flore canadienne. Par contre, nos "cousins" d'outre-Atlantique connaissent le "faux-gui". Décidément, rien n'est parfait !
Merci Marc, pour ces précisions que j'ignorais. Pour tout t'avouer, cela fait plusieurs années que je me pose des questions sur la fleur de gui, que je n'étais jamais parvenue à voir. C'est la première fois que j'en trouve en pleine floraison: magie de la macro.
RépondreSupprimerPost très intéressant. Je me sens un peu plus instruit sur des sujets que j'ignorais.
RépondreSupprimerJ'aurais aimé avoir du gui chez moi, ne serait ce que pour la nouvelle année, mais, à y bien réfléchir, je préfère le découvrir dans la campagne ou dans ton blog.
C'est surtout en hiver qu'on a l'occasion de voir du gui en haut des arbres!Mais je n'avais vu de près , une fleur de gui!Et comme tu le dis si bien la nature est très bien faite qui offre au bon moment la nourriture adaptée à ses habitants .
RépondreSupprimerJe te remercie de cet article très complet et superbement illustré!Apprendre ainsi est un vrai plaisir.
L'art nouveau magnifie la nature!
Bravo pour cet article fort documenté.
RépondreSupprimerJe l'ai cité en référence depuis mon site afin de faire partager à mes visiteurs la découverte du gui et des autres rubriques botaniques :
www.espacegraphique.com/loranthacees/gui.php
Pour ma part ce qui m'attire chez ce végétal, c'est la forme de sa fleur qui manquait à ma collection.
On la retrouve chez les crucifères qui fleurissent en ce moment au bord des ruisseaux.