Retour aux pâtis du mesnil et d'oger (marne, champagne-ardenne)
Rien de mieux pour tourner la page d'une mésaventure, que de partir à la rencontre d'un territoire vierge. Rendez-vous pris Dimanche, avec un lieu très particulier que je vais essayer de suivre tout au long de l'année 2009: les pâtis du Mesnil et d'Oger.Il s'agit d'une zone de tourbières protégée, qui abrite une faune et une flore très riche, parfois rare, et dont j'ignore encore beaucoup. C'est d'ailleurs là que j'ai déjà réalisé les photos de clématite vigne blanche (clematis vitalba) et de Bois joli (daphne mezereum).
Je consacrerai (un jour...) un article-reportage de ce site protégé, à la manière des articles sur les faux de Verzy.
Sortie photo en zone protégée inconnue: les Pâtis du Mesnil et d'Oger
Le problème, lorsque l'on se lance dans ce genre de projet, c'est que l'on pénètre en territoire inconnu: plantes, insectes ne ressemblent en rien à celles que l'on peut rencontrer quelques kilomètres plus loin. Parfois, on ignore même ce qu'il faut chercher. Une grosse partie du travail ne ne se passe donc pas sur le terrain, APN en bandoulière, mais à la maison, avant et après la sortie: découvrir l'écosystème, mais aussi identifier les sujets photographiés.
Photo de plante (protégée?): petites fleurs roses et rosette de feuilles pourpres à identifier
Voilà une bouteille à la mer: une petite fleur trouvée hier, dont j'ignore tout. Je ne l'avais jamais rencontrée. D'une petite rosette de feuilles pourpres sortent quelques fleurs roses qui ressemblent vaguement à des fleurs de lamier. Je vais essayer de l'identifier cette semaine, mais si quelqu'un passe par là avant et a un indice, je l'en remercie à l'avance!
Plante mystère: rosette de feuilles pourpres au départ, qui se teintent de vert au fur et à mesure de la pousse. Petites fleurs roses teintées de blanc au coeur. Quelques centimètres de haut.
Voilà l'une des rares photos d'ensemble correctes que j'ai pu réaliser hier. Les fleurs émergent à peine d'un enchevêtrement d'herbes sèches, sous lesquelles percent des tas de petites pousses d'autres plantes, qui peuvent être des plantes en voie de disparition... donc à préserver!
Voilà l'une des rares photos d'ensemble correctes que j'ai pu réaliser hier. Les fleurs émergent à peine d'un enchevêtrement d'herbes sèches, sous lesquelles percent des tas de petites pousses d'autres plantes, qui peuvent être des plantes en voie de disparition... donc à préserver!
Photographier des plantes basses: les problèmes rencontrés
Ce genre de plantes est assez difficile à photographier. Il est bien sûr simple de réaliser une photographie documentaire suffisante à l'identification. Mais j'aime chercher un bel écrin pour présenter ces petits trésors de la nature.Le problème? Ils sont multiples.
- Côté obscur: la petite taille (à peine quelques centimètres au dessus du sol) rend difficile des vues autres que la "vue de dessus". On se retrouve alors avec des zones sombres si souvent associées aux postillons disgracieux autrement appelés "bruit numérique". Pour tenter d'obtenir une qualité correcte d'images, il est nécessaire de ne pas trop monter en ISO. Il est donc préférable de faire sa sortie photo par temps lumineux.
- Côté lumière: cette petite fleur fleurit tôt en saison. Sa rosette de feuilles transperce une couche d'herbes et feuilles séchées par l'hiver. Une rosette pourpre au milieu d'un nid d'herbes sèches blanches: cette fois, c'est la lumière cramée qui menace. Les herbes sèches ont tendance à réfléchir le soleil, et à "cramer" la photo!
- Enfin, si les deux premières difficultés sont communes à toutes les petites fleurs rampantes de ce début de printemps, j'ai été confrontée à une troisième difficulté propre à la situation: Lorsque l'on se déplace dans un tel environnement, on hésite à se rouler par terre pour trouver l'angle de prise de vue idéal. Une zone protégée abrite des espèces... protégées (!). J'essaie donc autant que possible de ne pas abîmer ce fragile écosystème avec mes gros pieds ou en m'allongeant pour une contre-plongée. C'est typiquement le genre de situation où l'on regrette d'avoir arrêté le yoga au bout de 3 séances!
Le photographe nature et le respect de l'environnement
Comment se sortir de ces difficultés? Il n'y a pas de solution miracle. La meilleure solution, c'est de renoncer à la photo si l'on doit pour l'obtenir écrabouiller une zone en dehors d'un chemin. Le but n'est pas de faire une photo, mais avant tout de découvrir un environnement, et éventuellement de pouvoir en ramener un témoignage de sa singularité et de sa fragilité. Il serait aberrant de repartir avec une carte mémoire remplie au détriment d'une micro-faune ou flore malmenée.J'ai pris quelques images de la première rosette de fleurs que j'ai trouvée. Pas de belles photos, mais le moyen de l'identifier. Ensuite, j'ai continué ma balade attentive. Sur la dizaine de ces plantes dénichées par la suite, une seule était placée de façon à me permettre d'en tirer une image d'ensemble pas trop moche, où on la reconnaisse bien, et en respectant l'environnement.
A d'autres endroits, j'ai pu réaliser quelques gros plans sur les fleurs, mais plus abstraits, et même faire quelques macros animales...
Photo macro nature: petites fleurs roses et acarien rouge
...Alors que je cherchais vainement un bel angle de vue pour prendre l'ensemble de cette autre plante, un petit point orange a soudain agacé mon capteur. Une petite bête très occupée à effectuer des aller et retours dans la fleur. J'ai donc changé mes plans pour me concentrer sur ce nouveau sujet photo. Il est toujours intéressant de découvrir les animaux liés à une plante précise. Cela peut aider à l'identification des uns et des autres. Je suis passée d'une petite ouverture (avec une grande zone de netteté pour avoir toute la plante nette sur la photo), à une grande ouverture (beaucoup de flou, et tant pis si on ne reconnait plus la fleur: les tâches d'herbe, de terre sombre, de feuilles pourpres se fondent dans un flou d'arrière-plan).
Suite de la balade photographique aux patis du Mesnil et d'Oger. Un gros plan sur l'occupant de cette fleur rose. Un petit acarien rouge (photo nature fleur ... et acarien)
Cette petite bête m'a demandé un peu de concentration. Elle passait son temps à entrer et sortir, et étant donné sa petite taille, il me fallait la figer dans une posture où elle soit bien reconnaissable. Il ne s'agit pas d'un insecte, mais d'un acarien. (Certitude à 99%, mais marge d'erreur de 1%... je n'ai pas une confiance absolue en mes connaissances sur le sujet!).
Différentes façons de photographier, selon la destination de la photo:
A la fin de l'été 2008, j'ai dû photographier certaines plantes et champignons. Un travail qui répondait à une demande extérieure, et qui change complètement la façon d'aborder la photographie.Lorsque j'ai illustré le livret pédagogique sur la biodiversité pour la Ligue ROC, je n'ai pas eu besoin de mettre le nez dehors. Il s'agissait de sélectionner dans mon disque dur des illustrations déjà faites, qui correspondaient à un texte. Je n'avais pas à me poser la question "Cette photo est-elle réussie?", mais "Cette photo illustre-t-elle le texte?". Je faisais un tri dans des archives qui ne contenaient pas de photos "ratées", celles-ci ayant pris la direction de la corbeille des mois auparavant.
Lorsqu'au contraire on doit se rendre quelque part et revenir avec des images, l'enjeu est tout autre. Il s'agissait de photos de flore et paysage plutôt documentaires. Le tri opéré à la visualisation devait se faire selon les critères de quelqu'un d'autre, et non pas uniquement mes critères propres: la photo devait convenir pour son usage, mais je devais aussi la trouver assez réussie pour accepter qu'elle soit diffusée.
Pour moi qui cherche avant tout une image qui parle d'elle-même, qui travaille mes photos comme je travaille une toile, l'expérience a été vraiment enrichissante. C'est ce genre de photo-reportage que je me force à faire maintenant lorsque je me rends dans des endroits à l'écosystème remarquable. Obligée d'être moins exigeante parfois, pour obtenir des photos qui soient des compromis entre le documentaire et l'esthétique. Chaque nouvelle expérience est propice à de nouvelles réflexions sur sa propre pratique photo.
A suivre: une série photos macros beaucoup plus commune: insectes et pissenlit, toujours lors de cette balade aux Pâtis.
Ouf ! Nous voilà repartis pour de belles aventures colorées en ta compagnie. Et là, tu fais fort, puisque tu nous mets d'emblée face à une réelle intrigue : qu'est-ce donc que cette beauté, toute de rose vêtue, qui émerge du sous-bois ?
RépondreSupprimerMerci, Cathy, de titiller aussi délicieusement notre curiosité. J'attends la suite avec impatience.
M@
Le secret ! Ton secret !
RépondreSupprimerDonne-nous ton secret pour produire autant de belles photos et des textes aussi bien tournés et instructifs. En plus, contrairement à d'autres, c'est du "fait maison".
A quand un livre sur la nature, les balades et la photo ? J'achète, ça c'est sûr.
@ Marc: En fait, je sais auprès de qui aller chercher la réponse, mais on ne sait jamais, peut-être aurai-je plus rapidement la solution ici?...
RépondreSupprimerEt oui: je suis repartie. Je ne voulais pas que l'accueil de mon blog reste sur des articles négatifs. Il faut vraiment que je prenne le temps de présenter ce lieu paradisiaque. Mais j'y ai repéré dimanche un millier de sujets photos à saisir dans les jours qui viennent...
@ Essere: Es-tu vraiment sûr qu'ici, c'est "fait maison?"... Pour le bouquin, tu peux commencer par celui de la ligue ROC: petites photos, mais grande cause!
difficile de te dire ce que c'est même avec mes bouquins et tes magnifiques photos....
RépondreSupprimerbisous bisous
lajemy
Bonsoir Cathy,
RépondreSupprimerLa petite niche de la plante mystère m'attendrit particulièrement. Elle exprime ce que l'oeil voit dans le terrain sans l'aide de l'appareil photographique. Et sans ce regard-là, pas de macro réussie possible.
Lajemy: Il s'agit sans doute d'une plante liée à un milieu très spécifique. Je vais me renseigner auprès d'une association qui s'occupe de la préservation de ces tourbières. Merci d'avoir regardé ça de près.
RépondreSupprimerMonic: Ton commentaire me touche: c'est vrai que j'essaie d'exprimer ce que je vois: cette petite fleur invisible dans son nid d'herbes sèches. Je vais quand même enlever la feuille morte qui bouche le premier-plan, mais je cherche la photo "naturelle", avec ses brindilles fanées, et surtout pas la photo "catalogue de jardinage".
Bonjour,
RépondreSupprimervoila qui va mettre fin à ta recherche, il s'agit d'une plante assez facile à reconnaître en photo, c'est une Pédiculaire des bois.
@ Phonalys: Merci beaucoup, d'abord pour avoir pris le temps d'une visite, et ensuite pour cette identification. Je suis en train de me renseigner pour trouver un (des?) bon guide sur les tourbières de ma région, mais en attendant, cette fleur rejoindra mes archives correctement nommée.
RépondreSupprimerBonjour Cathy,
RépondreSupprimerPhonalys a répondu déjà à ta question. Effectivement il s'agit bien du Pédiculaire qui pousse dans les lieux humides, des landes et des forêts sur sol tourbeux. Elle pousse essentiellement en touffes.
Dans le Finistère, nous en avons également. Très jolie fleur.