Voilà le premier épisode d'une série d'articles consacrés à l'émergence des libellules, observée au printemps 2009 dans la Marne (Champagne-Ardenne, France): un texte qui raconte les circonstances de ma sortie photo.
Pour ceux qui ne veulent pas de bla-bla, mais juste des images d'odonates immatures, rendez-vous directement à l'épisode 2 (liste des épisodes en fin de billet)
Macrophotographie: écouter l'air du temps!
Connaissez-vous le syndrome de la macropassion? Une étrange perversion des sens qui menace l'accro de macro. Les manifestations? Elles s'installent petit à petit, sans que l'on s'en aperçoive... Des radicelles qui apparaissent sous la plante des pieds à force d'arpenter la terre, des récepteurs de l'air du temps qui germent dans les narines, une intuition impossible à verbaliser qui vous pousse à aller là où vous ne l'aviez pas prévu...
Je crois qu'au fil des mois, je me soumets à ce syndrome. Je m'y livre les yeux fermés, ne les ouvrant que lorsque je me poste aux aguets dans un océan de verdure. Est-ce lui qui a guidé mes pas hier?
Je crois qu'au fil des mois, je me soumets à ce syndrome. Je m'y livre les yeux fermés, ne les ouvrant que lorsque je me poste aux aguets dans un océan de verdure. Est-ce lui qui a guidé mes pas hier?
Sortie photo macro à l'étang: y aura-t-il des libellules?
Lundi matin. J'ouvre les volets. Le soleil peine à se lever. Une lumière blanche, mais des rayons assez vaillants pour espérer une belle sortie photo. Quelque chose me pousse à délaisser les petits paradis protégés que j'arpente cette année. En dépit des conditions météo prometteuses, pas de réserve naturelle, pas de lieu réputé pour sa diversité. Une petite voix m'a forcée à choisir un étang en bord de champs (traités!...), plus ou moins entretenu, qui abrite certes quelques libellules le temps d'un été, mais sans autre intérêt que de se trouver très près de chez moi.
A peine arrivée, quelques demoiselles agitent leurs quatre ailes et s'enfuient. Un bon signe: elles sont là! Les bords de l'étang ont été nettoyés: berges stabilisées, rives curées et suppression au passage d'une forêt d'iris des marais qui bordaient l'an passé le plan d'eau, remplacés par des graviers. Pas engageant, et pourtant!
A peine arrivée, quelques demoiselles agitent leurs quatre ailes et s'enfuient. Un bon signe: elles sont là! Les bords de l'étang ont été nettoyés: berges stabilisées, rives curées et suppression au passage d'une forêt d'iris des marais qui bordaient l'an passé le plan d'eau, remplacés par des graviers. Pas engageant, et pourtant!
Découverte de chrysalides (d'exuvies) de libellules:
Je m'avance dans une friche aride peuplée de pissenlits, trèfles, hautes herbes et carex en direction de l'étang. Soudain, j'aperçois un petit truc brun gris accroché à une graminée, plus fragile qu'une boulette de papier de soie. Je m'accroupis. Je tombe nez à nez avec les yeux globuleux et sans vie d'une chrysalide de libellule vide. Sans bouger les pieds, je lance un regard circulaire. J'en découvre une autre, puis une troisième, et partout où je pose les yeux, voilà que se terrent d'autres chrysalides, certaines vides, mais la plupart qui protègent encore une petite créature prête à sortir!
Je connais cet étang comme ma poche, et jamais je n'ai vu autant de libellules en devenir! Est-ce l'année qui veut cette profusion? Ou tout simplement le curage des berges, qui a privé les libellules des longues feuilles de roseaux et rubaniers sur lesquels elles se fixaient les années passées, à l'abri des prédateurs et du regard des photographes? Obligées de se rabattre sur des plantes plus accessibles?
Me voilà au beau milieu de maigres pissenlits aussi mal à l'aise que dans un champ d'orchidées. Je marche sur la pointe des pieds, dans la crainte d'entendre craquer sous mes semelles une chrysalide cachée. Je repère un sentier ténu, tracé sans doute par les renards ou les chevreuils. Je l'emprunte pour me rapprocher de la rive, et je tombe nez à nez (règle numéro 1 du photographe macro: travailler sa souplesse!) avec une jolie libellule à peine éclose. Le corps encore mou et translucide, elle est accrochée au vestige de sa chrysalide et attend de sécher, impatiente de sentir ses ailes assez rigides pour la porter.
Je connais cet étang comme ma poche, et jamais je n'ai vu autant de libellules en devenir! Est-ce l'année qui veut cette profusion? Ou tout simplement le curage des berges, qui a privé les libellules des longues feuilles de roseaux et rubaniers sur lesquels elles se fixaient les années passées, à l'abri des prédateurs et du regard des photographes? Obligées de se rabattre sur des plantes plus accessibles?
Me voilà au beau milieu de maigres pissenlits aussi mal à l'aise que dans un champ d'orchidées. Je marche sur la pointe des pieds, dans la crainte d'entendre craquer sous mes semelles une chrysalide cachée. Je repère un sentier ténu, tracé sans doute par les renards ou les chevreuils. Je l'emprunte pour me rapprocher de la rive, et je tombe nez à nez (règle numéro 1 du photographe macro: travailler sa souplesse!) avec une jolie libellule à peine éclose. Le corps encore mou et translucide, elle est accrochée au vestige de sa chrysalide et attend de sécher, impatiente de sentir ses ailes assez rigides pour la porter.
Rencontre imprévue avec une martre:
Je bloque ma respiration. J'en ai presque des fourmis dans les doigts. Je commence à observer, puis à faire quelques photos. Complètement prise par mon sujet, j'entends bien quelque chose qui s'agite dans mon dos, mais pas le temps de m'en préoccuper! Le bruit devient plus fort, on insiste, on secoue de grosses branches à quelques mètres de moi, là où commence la forêt. Mon cerveau finit par m'envoyer un signal d'alerte: présence détectée. Je me retourne, brusquement en prise avec la réalité. A trois mètres du sol, on gigote dans un gros chêne. Je suis le déplacement de la bête en observant les branches onduler sur son passage. Un écureuil? Impossible: l'animal est trop lourd. J'entrevois une longue queue brune. Arrivé dans l'arbre le plus proche de moi, l'animal s'immobilise. A nouveau le silence. Je le sens qui me regarde, mais lui demeure invisible. Saurai-je un jour qui m'observait?
Soudain, alors que je m'apprête à retourner à ma libellule immature, une ombre se détache du tronc. Une petite tête se penche, un museau noir, un pelage brun et deux yeux brillants qui me dévorent, l'air étonné de me trouver ici. Pas un geste. Prendre une photo? Même pas la peine d'y songer! C'est le genre de rencontre si fugace qu'elle s'évanouit au moindre déplacement d'air. Profiter de l'instant, de la communication, du plaisir, de la rencontre. Au bout de quelques secondes, la martre (... ou la fouine?) se retire derrière son rideau de verdure et d'écorce. Sans un bruit elle disparait. Me laisse seule. Comme si elle n'était jamais venue.
Cette rencontre m'a-t-elle portée chance? Sans doute: après son départ, j'ai découvert des dizaines de libellules, dont beaucoup faisaient leurs premiers mouvements d'adultes, hors de la chrysalide. J'ai même pu observer plusieurs libellules en train de s'extraire de leur chrysalide.
Soudain, alors que je m'apprête à retourner à ma libellule immature, une ombre se détache du tronc. Une petite tête se penche, un museau noir, un pelage brun et deux yeux brillants qui me dévorent, l'air étonné de me trouver ici. Pas un geste. Prendre une photo? Même pas la peine d'y songer! C'est le genre de rencontre si fugace qu'elle s'évanouit au moindre déplacement d'air. Profiter de l'instant, de la communication, du plaisir, de la rencontre. Au bout de quelques secondes, la martre (... ou la fouine?) se retire derrière son rideau de verdure et d'écorce. Sans un bruit elle disparait. Me laisse seule. Comme si elle n'était jamais venue.
Cette rencontre m'a-t-elle portée chance? Sans doute: après son départ, j'ai découvert des dizaines de libellules, dont beaucoup faisaient leurs premiers mouvements d'adultes, hors de la chrysalide. J'ai même pu observer plusieurs libellules en train de s'extraire de leur chrysalide.La sortie photo qu'il ne fallait pas manquer!
J'ai conscience d'avoir peut-être vécue ma plus belle sortie photo de l'année! C'était LE jour où il fallait aller à l'étang. Plus tard, le soleil a disparu derrière un épais manteau de nuages, les températures ont baissé: des conditions météo qui ont figé tout mouvement chez les odonates. Et depuis, trop de froid et trop de vent. Inutile d'y retourner.
Décidément, 2009 est pour moi marquée par les libellules et autres demoiselles. Après ma première rencontre d'un coeur copulatoire d'agrions aux marais de saint-Gond, voilà que j'assiste pour la première fois de ma vie à plusieurs "naissances".
Avant les libellules: gros plan sur les chrysalides (exuvies)
Pour éviter que des articles trop lourds ne ralentissent le blog, je préfère publier plusieurs billets: un reportage à épisodes sur les premiers instants à l'air libre des libellules. La suite au prochain épisode...
Âmes sensibles s'abstenir: si la libellule figure parmi les insectes les plus gracieux, avant d'émerger de sa chrysalide, elle ressemble d'avantage à une créature extra-terrestre qu'à un bijou art-nouveau.

Une exuvie de libellule. Vue sur la partie ventrale. En général, les "chrysalides" sont fixées sur une seule plante. Celle-là fait le grand écart entre deux brins d'herbe. (Pour info: cette chrysalide était vide, la libellule avait déjà pris son envol)
D'autres images de cette sortie magique suivront les prochains jours (ou les prochaines semaines...).
_________________________________________________________________Décidément, 2009 est pour moi marquée par les libellules et autres demoiselles. Après ma première rencontre d'un coeur copulatoire d'agrions aux marais de saint-Gond, voilà que j'assiste pour la première fois de ma vie à plusieurs "naissances".
Avant les libellules: gros plan sur les chrysalides (exuvies)
Pour éviter que des articles trop lourds ne ralentissent le blog, je préfère publier plusieurs billets: un reportage à épisodes sur les premiers instants à l'air libre des libellules. La suite au prochain épisode...Âmes sensibles s'abstenir: si la libellule figure parmi les insectes les plus gracieux, avant d'émerger de sa chrysalide, elle ressemble d'avantage à une créature extra-terrestre qu'à un bijou art-nouveau.

Une exuvie de libellule. Vue sur la partie ventrale. En général, les "chrysalides" sont fixées sur une seule plante. Celle-là fait le grand écart entre deux brins d'herbe. (Pour info: cette chrysalide était vide, la libellule avait déjà pris son envol)
D'autres images de cette sortie magique suivront les prochains jours (ou les prochaines semaines...).
Correction: Petite précision de dernière minute: On ne dit pas chrysalide mais exuvie, pour désigner les dépouilles larvaires de libellules. merci au blog "Chasseur de Dragons", consacré à ces jolis insectes.
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- Episode 5: Dans les yeux des demoiselles et libellules
- Episode 6: Diverses photos de libellules et demoiselles (conseils macro)
- Episode 7: la lumière transforme une libellule métallique en bijou
- La libellule: inspiratrice d'artistes: Art nouveau, Victor Hugo, Hokusai...
Photographe ou romancière ? Les deux assurément... Tu maîtrises avec autant de passion et d'efficacité le "clic" et le "déclic", les mots et les images. Les yeux fixés sur tes photos, je me laisse captiver par ton récit. Et j'attends la suite avec impatience car, mine de rien, tu nous laisses au milieu du gué. Vite, la suite !
RépondreSupprimerUn vrai régal cet article !!
RépondreSupprimerBonne soirée
effectivement c'etait la sortie a ne pas rater , superbe histoire en attendant la suite ...
RépondreSupprimer@ Marc: Je fais les deux avec autant de plaisir, même si je prends plus de temps pour soigner mes images que mes textes. Merci pour ce commentaire, qui me donne envie d'oser écrire de façon plus personnelle dans un blog d'abord consacré à l'image.
RépondreSupprimer@ Xavier: Merci et très bonne soirée
@ Laubaine: La suite arrive... Et c'est pas beau!
Et dire que j'étais passé à côté de cette histoire ! Assister à l'émergence d'une libellule pour la première fois est très émouvant : une vrai naissance !
RépondreSupprimerJe suis tout simplement submergée par tant de poésie et de beauté...à bientôt
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