Mon "cabinet de curiosités" intérieur(es?):
Un petit enfant apprend plusieurs mots par jour. Oreilles toujours ouvertes, il laisse les sons s'imprimer dans sa tête. Mais engranger des mots ne signifie pas apprendre à parler. Ce sont les mots qui lui parlent, il les consomme, les avale, les digère, les assimile. Magie de l'apprentissage: un jour où l'autre, il saura non pas répéter ces mots, mais les plier à ses désirs, les réutiliser, les transformer à sa sauce, pour tenter de se faire comprendre.Je crois que l'œil est une oreille en couleur. Les images y pénètrent, y mûrissent tapies dans nos pensées, et puis ressortent, un jour où l'autre, non pas à l'identique, mais transformées, digérées, ...assimilées?
Répéter un mot, voilà le pseudo-langage du perroquet. Reproduire une image? Voilà le rôle de la photocopieuse. Garder des mois, des années durant, des mots et des images, en extraire un sens, des détails, des émotions, c'est là la grande soupe qui se cuisine dans la tête toute la vie durant. De temps en temps, une situation, une émotion, rappellent à la surface des bribes de nos réserves sensibles. Parfois, ces réminiscences, ces réassemblages de détails se transforment en un objet extérieur à nos pensées: un poème, une image, une musique...
Pour toutes ces images qui couvent parfois à mon insu dans ma tête, pour toutes celles qui m'ont émue, pour toutes celles qui transparaissent sans être annoncées, j'ai décidé de leur accorder une place ici. La plupart du temps, ces images seront seules: car si elles m'ont nourries, elles sont discrètes et ne signent pas toujours leur présence dans mes photos, ni dans mes tableaux.
Parfois, j'oserai placer côte à côte une photo, et une image qui l'a d'une façon ou d'une autre inspirée. J'espère que mes grands maîtres des songes et des couleurs l'accepteront.
Les parallèles que je peux établir entre une oeuvre et une scène-nature sont purement subjectifs. Ils sont issus de ma propre vision des choses, et surtout pas d'une analyse didactique d'objets picturaux.
Le cabinet de curiosités ouvre ses portes sur Gustav Klimt:
Je ne vais pas me lancer dans un article sur "Klimt et moi", car il se fait tard. J'aime son oeuvre depuis toujours. Pas seulement ses portraits de femmes, mais aussi ses sous-bois automnaux. Les paysages de Klimt... c'est une autre histoire, sur laquelle je reviendrais dans un autre article!Higie: détail de La Médecine (Gustav Klimt)
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Pour la petite histoire, cette oeuvre est tout ce qui reste des trois peintures commandées par l'université de Vienne à Klimt. Hélas, "La Médecine" a été détruite en 1945 dans l'incendie du château Immendorf, et avec elle de nombreuses autres œuvres du peintre. Ne reste que ce détail, une reproduction en couleur où s'élève une femme hiératique. Symbole de la puissance de la médecine? Je n'en suis pas certaine...
Portrait d'Adèle Bloch Bauer (Gustav Klimt 1907)
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Le portrait d'Adèle Bloch Bauer est l'une des plus célèbres peintures de Klimt. Oeuvre de commande pour un riche industriel et mécène, cette toile marque un tournant dans le travail du peintre. Elle exprime son époque: l'art nouveau, et en particulier ce que l'on appelle "la Secession viennoise", courant de l'art nouveau auquel appartenait l'artiste: graphisme épuré, mais plus géométrique que l'art nouveau français. Et toujours un visage de Mona Lisa du XXème siècle qui nous contemple, à la fois proche et distante.Ce tableau a été volé par les Nazis en 1938. Il est restitué en 2004 à Maria Altmann, nièce d'Adele Bloch Bauer. Le 18 juin 2006, il est vendu aux enchères... chez Christies, bien sûr! Le montant de cette vente a fait date: 135 millions de dollars... Chèque signé par le milliardaire Ronald Lauder. Depuis, la toile est exposée au musée Neue Galerie (New-York)
(La plupart de ces informations ont été collectées sur Wikipédia)
Gustav Klimt et les libellules
En réalité, j'ai déjà commencé à publier des oeuvres qui m'inspirent: tous les billets sur l'art nouveau, par exemple. Mais entre un vase ou un vitrail art nouveau et une photo de fleur, l'influence du premier sur la seconde est visible. Sans doute plus visible que le rapport entre ces portraits de Gustav Klimt et la libellule. Pourtant, à chaque fois que je rencontre une libellule jaune, l'œuvre de Klimt s'impose dans mon esprit. Il y a la palette de couleurs, l'or riche, le graphisme géométrique des tissus qui évoque le graphisme de l'insecte...
Voilà une photo réalisée en prévision d'un recadrage format "marine" vertical, et directement inspiré par certaines oeuvres de Klimt.
(Photo macro de libellule à quatre taches libellula quadrimaculata)

J'aime beaucoup Klimt mais je n'avais jamais fait cette association avec les libellules.
RépondreSupprimerCela dit, j'ai souvent comparé les larves et les exuvies des grandes libellules à certaines créatures du peintre suisse H.R.Giger. Et, en y regardant de plus près, les poses de la plupart de ses grandes prêtresses décadentes doivent beaucoup aux portraits de femmes réalisés par Klimt...
Bonsoir Cathy,
RépondreSupprimerTrès touchée par ton texte d'introduction, j'ai l'impression de découvrir une nouvelle facette de ta personne, de ton individualité.
Je ne connaissais pas du tout ce que recèle de captivant l'Art Nouveau. Tes descriptions et le lien que tu fais avec tes propres recherches m'incite à regarder de plus près ce style artistique.
Voilà en quoi les échanges sur internet sont parfois surprenants, constructifs et formateurs.
Merci pour ce partage.
Je ne connais que peu Klimt et j'espère que tu me pardonnera volontiers cette ignorance ... et pour l'Art nouveau, j'associe plus les libellules avec Daum, ce qui est évidemment plus ... facile !
RépondreSupprimerCdt,
Jma
C'est vrai qu'il y a un petit quelque chose, bien plus évident après avoir lu tes explications d'ailleurs.
RépondreSupprimer@ Darthmagus: Je ne connaissais pas H.R.Giger, et j'associais les exuvies ou certains insectes en gros plan genre criquets aux "monstres modernes" type "Alien". Je crois qu'il y a depuis toujours une fascination "attirance-répulsion" pour les insectes (du scarabée égyptien au film "La mouche"...). J'aime ton association aux "prêtresses décadentes": je ne connais pas en détail la biographie de Klimt, mais je crois qu'il a vu de très près une forme de décadence bien sombre...
RépondreSupprimer@ Monic: Tu as su lire entre mes lignes. Pourtant bien cachée derrière un maître... Je suis souvent dans l'émotion, et c'est plus facile de me cacher en parlant technique de prise de vue... Merci pour ton commentaire qui m'a touchée à mon tour.
@ Jma: Je ne suis pas sûre de te pardonner... ;-) C'est vrai que les verriers art nouveau, ou les peintres japonais se sont révélés maîtres dans les représentations de végétaux et de libellules
@ Coralie: Je sais: mes sources d'inspiration prennent parfois des chemins complètement tordus!... Mais si la libellule s'était retournée, je suis sûre que tu aurais mieux vu la ressemblance ;-)
Allez, je te le dis franco, tes photos au milieu des œuvres de Klimt, ça colle du feu de dieu !
RépondreSupprimerTu éclaires mes faibles connaissances picturales par tes confessions sur tes sources d'inspiration. On se laisse bercer par toutes ces belles choses et par ton texte qui coule comme une petite rivière au cœur de la campagne.
Tu vois, moi aussi ça m'inspire !
Superbe idée que celle d'associer les motifs de libellule au travail de Klimt ! Quelle inventivité !
RépondreSupprimerC'est très intéressant tout cela !
Ce recadrage vertical très allongé va bien à cette libellule. Je me demandais ce que cela donnerait avec le corps bien à la verticale et davantage décentré... :)
Bonne journée !
Anne-Laure
@ Essere: Merci, mais dans l'article, c'est quand même Klimt la vedette!
RépondreSupprimer@ Anne-Laure: En fait, ça n'est pas une véritable recherche, mais une inspiration spontanée: lorsque j'observe une scène, j'y reconnais souvent des éléments qui ont ou qui auraient pu inspirer certains peintres.
Tu m'as démasquée, pour la verticale: je n'étais même pas sûre de mettre une photo à côté des tableaux de Klimt (C'est quand même lui le sujet), et j'ai réutilisé une photo déjà développée et fait un "recadrage de recadrage" à titre d'exemple. Résultat: léger décalage dans la verticale et un peu trop serrée en bas. (Un jour j'irai rechercher le fichier original et je changerai ça...)
Par contre, la compo centrée est vraiment (pour moi) associée à Klimt en format vertical: une image très riche en graphisme, mais un peu rigide, hautaine, statique (il a réalisé de nombreux portraits dans des formats similaires, que j'adore). Mais pourquoi pas un format carré, avec le sujet décalé?
Je ne m'y connais pas un œuvre d'art mais la manière que tu as de nous y intéresser par tes explications est tout un art. J'ai adoré le début de ton texte dont je ferai référence dans un de mes textes le moment venu (et bien sûr en y rajoutant un lien :)). Tes mots sont un poème. Moi qui aime les citations, j'ai adoré cet éveil des sens que tu décris si bien.
RépondreSupprimer"Je crois que l'œil est une oreille en couleur" : voilà des mots qui me remuent. Superbe.
PS : la corrélation entre des images enfouies et ce que nous prenons en photo, voilà un sujet à réfléchir. J'y ferai attention lors de mes prochaines prises.
Bises!
@ Titane333: merci pour ce commentaire :-) Et pas de problème pour la "citation", bien sûr.
RépondreSupprimerSuperbe libellule, un vrai bijou !
RépondreSupprimer"Hygeia" de Klimt me fait irrésistiblement penser à "Circé Invidiosa" de Waterhouse qui date de 1892...
@ Tilia: J'aime beaucoup le peu que je connais de Waterhouse (découvert tardivement). Son Ophélie s'est invitée ici lorsque je cherchais des illustrations en rapport avec l'orchis mâle: http://champagne-balade.blogspot.com/2009/04/orchidee-ophelie-tableau-poesie.html
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