08/10/09

Portrait de coccinelle d'automne: macrophotographie ou aquarelle (coccinelle à 7 points)

Octobre: belle saison pour photographier la coccinelle

En octobre, branle-bas de combat dans le petit monde des insectes. Peu à peu s'éteignent les éclats irisés des ailes de libellules ou de papillons. Abeilles, guêpes, bourdons ne font plus que de brèves apparitions au plus chaud de la journée. Aussi sûrement que l'écureuil, tout ce petit monde se prépare à passer l'hiver. C'est en cette saison qu'une espèce de coléoptère se révèle particulièrement facile à observer: la populaire coccinelle!

A cette époque de l'année, on voit des coccinelles partout! Jaunes, rouges, noires, oranges, à 7 points, à 2 points, à 10 ou 22 points, petite rose à carrés noirs (à damier), et même grande exotique (coccinelle asiatique)... Elles se rassemblent, trainent en lisière de forêt ou aux abords de nos maisons. Se cherchent un abri pour l'hiver.

Particulièrement nombreuses en 2009, les coccinelles à 7 points sont fréquentes dans les jardins, dans les prairies ou sur les feuilles des arbres en bord de bois, en ce début octobre. Un joli sujet chanté dans les cours d'écoles, qu'il serait dommage de bouder.

Rassemblements de coccinelles asiatiques (harmonia axyridis)

Cet article est consacré à la photo de coccinelle à 7 points en automne, pas à l'expansion des coccinelles asiatiques, ni à cette fâcheuse tendance qu'ont ces coccinelles asiatiques à entrer en force dans nos maisons pour hiberner. Je reviendrais bientôt sur ce sujet.
En attendant, je viens de publier un bref article sur l'invasion des coccinelles asiatiques, et si vous remarquez une accumulation de coccinelles sur une façade bien exposée de votre maison, ou contre vos fenêtres, vous pouvez consulter l'article détaillé que j'ai rédigé l'année dernière pour "Notre planète info": Coccinelles asiatiques cherchent refuge pour l'hiver, et signaler vos propres observations à l'observatoire des coccinelles asiatiques (détails et lien dans l'article).

coccinelle à 7 points (coccinella 7-punctata) sur feuille d'automne

Les coccinelles à 7 points sont les coccinelles les plus fréquentes. Ce sont ces grosses coccinelles rouges à ...7 points noirs que l'on se représente, dès que l'on évoque cet insecte. En cette saison, elles sont assez faciles à observer: immobiles au creux d'une carotte sauvage fanée, sur les buissons en lisière de forêt...

Faciles à observer, faciles à approcher: elles semblent ne pas nous voir. Assez peu actives, elles sont posées, immobiles, au revers d'une feuille de mûrier ou sous une fleur. Pas compliqué de réaliser une photo sur laquelle les élytres d'un joli rouge vif se détache sur fond de verdure ou de couleurs d'automne. Mais leur passivité (surtout lorsqu'il fait frais) pose quelques problèmes annexes: photographier les élytre, c'est bien. Mais réaliser un portrait, c'est mieux!

Problème: ces coccinelles d'octobre passent leur temps la tête plantée dans les feuilles! pire que des autruches affolées...
Comment s'en sortir en dépit de leur mauvaise volonté à regarder le capteur de l'APN droit dans les yeux?
Dans certains cas, elles sont tellement attachées à leur posture d'autruche qu'on aura beau secouer la plante, les chatouiller avec un brin d'herbe, on n'obtiendra rien de plus. Au mieux elles ignoreront ces désagréments, au pire elles emploieront la stratégie "coccinelle" imparable pour venir à bout des inopportuns: se laisser tomber comme une pierre au sol et disparaitre.

Alors, inutile de s'acharner à faire lever la tête à certaines coccinelles. Elles sont assez nombreuses en cette saison pour laisser tranquille les boudeuses, et chercher un individu plus conciliant quelques mètres plus loin.
coccinelle à sept points (coccinella septempunctata) sur feuille d'automne
coccinelle à sept points (coccinella septempunctata) et feuilles de mûrier aux couleurs d'automne
Le choix des couleurs:
Cette coccinelle-là se chauffait tranquillement au soleil d'octobre, sur une feuille de mûrier. Les ronces sont parmi les premiers arbustes à prendre leurs chaudes couleurs d'automne. Celle-là s'ourle de pourpre, alors que la lumière qui traverse les feuilles en arrière-plan sature les verts. Rouge et vert? Une association tonique et chaude. On dit que le vert est une "couleur froide". Mais un vert-jaune associé à des tons de rouge, de brun, de chamois, de jaune perd toute froideur.

La recherche du bon angle de vue:
Cette coccinelle était complètement immobile, la tête plantée dans la feuille, nez à l'ombre, bien sûr. Pour parvenir à capter le regard de ma discrète demoiselle, j'ai usé de quelques subterfuges:
  • Première étape, on dégaine de réflecteur qu'on a eu la bonne idée d'emporter, et on éclaire le côté caché de l'insecte.
  • A cet éclat soudain de lumière, la coccinelle lève à peine la tête. Décidément assez calme pour passer à l'étape suivante: délicatement, entre deux doigts, on déplace la feuille qui lui sert de support. On est dans le monde de la macrophotographie... Un ou deux millimètres suffisent pour capter enfin son bon profil, à condition de se contorsionner jusqu'à trouver le bon angle d'approche.
Le choix du sujet:
Dans cette image, j'ai une fois de plus cherché à représenter un petit bout de vie de cette coccinelle-là (pas de n'importe quelle coccinelle à 7 points): Où est-elle? Quel temps fait-il? En quelle saison sommes nous?... Autant de questions auxquelles mon image doit répondre. Je veux donc photographier l'insecte sur son support: rendre visible la texture velue et les couleurs caractéristiques de la feuille de ronce, mais montrer également un aspect intrinsèquement lié à la ronce: les épines! A défaut d'avoir pu trouver le bon angle pour avoir dans la zone de netteté à la fois la tête de la coccinelle, et le propre des ronces (les épines), elles apparaissent quand même dans le champ, mais floutées par une grande ouverture.

coccinelle à 7 points (coccinella 7-punctata) Gros plan sur les yeux

 coccinelle à sept points (coccinella septempunctata) en gros plan Macrophotographie insecte coléoptère
Gros plan sur les yeux d'une coccinelle à sept points: contreplongée, contrejour et réflecteur (macrophotographie - recadrage)

Toujours accrochée à sa feuille de mûrier, la coccinelle a fini par se lasser. Une coccinelle agacée a trois options de fuite:
  • Elle s'éloigne et cherche un abri à proximité, loin de tout regard indiscret.
  • Elle grimpe jusqu'au sommet de son support et s'envole.
  • Elle se laisse tomber au sol
Ma petite coccinelle s'est juste déplacée. Je l'ai suivie tant bien que mal (une bonne séance d'assouplissement!), jusqu'à ce qu'elle s'arrête pattes au plafond. Contrejour (possible grâce au réflecteur posé au sol qui éclaire la coccinelle et la feuille), fond de ciel (un peu plus gris que pour la photo de papillon azuré sur marguerite), et sourire moustachu de la coccinelle.

Coccinelle à 7 points d'octobre et pratique photo (macrophotographie, proxi): utiliser un filtre naturel pour une image pastel

Photo floue, filtre naturel et faible profondeur de champ: macrophotographie d'insectes autrement
Une petite coccinelle qui émerge d'un soyeux fond vert. On distingue juste l'insecte, le brin d'herbe qui lui sert de support. Tout le reste se dilue dans les brumes d'une plante tout contre l'objectif. Une ligne de séparation estompée entre vert clair et vert plus soutenu trace une diagonale qui anime le fond.

Je profite de ces article pour aborder un sujet qui me trotte dans la tête depuis longtemps: le flou au premier plan en macrophotographie (et en photographie tout court!).
J'ai déjà traité du sujet de nombreuses fois: comment régler manuellement son APN pour que le sujet se détache net sur un fond flou. Lorsque l'on pense "choix de l'ouverture" et "flou lié à une faible profondeur de champ", on associe tout ça à un arrière-plan flou.
C'est une vision réductrice de tout ce que peut offrir ce merveilleux outil à faire des images: l'ouverture!
  • Grande ouverture signifie laisser entrer beaucoup de lumière dans l'objectif, et implique une petite zone de netteté. On a à peine la place pour que l'insecte (ou la fleur) soit net, et immédiatement derrière le sujet, un flou dilue tout l'arrière-plan.
  • On oublie que le flou n'est pas seulement derrière cette "zone de netteté". Il est aussi devant! Et une grande ouverture sert tout autant à cacher un arrière-plan disgracieux qu'un premier plan trop présent.
Pour illustrer une utilisation possible de ce "flou de premier plan", j'ai ressorti cette image de coccinelle prise en octobre 2008: insecte au ras du sol, aucun intérêt esthétique à l'arrière-plan ni au premier plan. A priori, pas possible de réaliser autre chose qu'une photo fouillis de coccinelle sur fond de brins d'herbe enchevêtrés. Je tente malgré tout l'expérience:
  • Une grande ouverture pour flouter au maximum les brins d'herbe, c'est bien, mais ici, ça ne suffit pas.
  • Je m'arrange donc pour placer des brins d'herbes tout près de l'objectif. Ils deviennent donc flous, et servent littéralement de filtres: ils dissimulent tous les brins d'herbes trop nets à proximité de la coccinelle. Ils jettent un voile d'aquarelle sur l'image, d'où émerge mon sujet. Une photo qui ressemble plus à un pastel qu'à un cliché macro classique, mais qui n'en demeure pas moins une photo nature, réalisée sur le terrain et sans retouche sur ordinateur.
Je me sers souvent de cette possibilité de "flouter le premier plan", en plaçant un brin de végétation très près de l'objectif: un bon moyen pour gommer un sol sombre, une tache d'ombre ou au contraire de lumière trop vive (en général de façon moins flagrante que dans cette photo, qui exploite à l'extrême ce jeu d'ouverture). Et encore une fois, en macro, il suffit souvent d'un tout petit décalage pour placer un bout de feuille juste là où l'on veut.
Un lien qui peut vous intéresser: un document PDF qui présente les clés d'identification des coccinelles les plus fréquentes.
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12 commentaires:

  1. Article très complet et photos à la hauteur, avec une préférence pour la dernière !

    Cdt,
    Jma

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  2. Encore une magnifique leçon, bravo et merci

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  3. @ Jma: Merci. C'est un petit jeu auquel j'aime bien me livrer, même si c'est plus facile avec des macros de fleurs que d'insectes...

    @ Xavier: Merci :-)

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  4. Salut Cathy,
    Suis d'accord avec jean michel (JMA), mais ne suis pas surpris!!! BEn oui, cðest toujours le cas avec tes messages, une mine d'info et des photos plus belles les unes que les autres. Là, je t'avoue que je craque carrément sur la dernière photo! Magnifique, elle est!

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  5. Bonsoir Cathy,
    J'apprécie encore une fois tes info techniques. Je vais utiliser un peu mieux ces brindilles qui parfois me dérangent.
    Mon point de vue sur la dernière image: je la trouve légèrement trop “brumeuse”. Mais bon, c'est une appréciation toute personnelle.
    PS quant à la deuxième photo, je comprends pourquoi VW a utilisé le nom de coccinelle (d'accord, à l'envers sur l'image).

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  6. Bonjour Cathy,
    Content après une longue divagation estivale de retrouver tes magnifiques clichés et ta belle leçon de "photographe éclairé" et je rejoins JMA et Chris sur l'admiration empreinte de sérénité que ne manque pas de provoquer ton dernier cliché.

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  7. tes photos sont superbes...bravo...

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  8. Trés belle leçon de choses, merci!
    Éric

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  9. @ Chris: Merci :-) Au fait, y a-t-il des coccinelles, en Islande?

    @ Monic: Tu as raison, pour VW... Je n'avais jamais regardé cet insecte sous cet angle ;-)

    @ Roger: J'espère que tes divagations estivales t'auront apporté de belles rencontres? Merci pour ton com.

    @ Nadège: Merci :-)

    @ Eric: Merci pour ce com :-) (SOS - Je ne retrouve jamais ton blog: ton profil n'est pas édité.)

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  10. superbes tes petites bêtes à Bon Dieu ! c'est vrai, en ce moment elles commencent surement à chercher des abris pour l'hiver...

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  11. @ Anne-Marie: Oui, et le repli des coccinelles asiatiques dans les maisons (au nord de la Loire) m'a été confirmé hier par l'observatoire des coccinelles asiatiques!

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  12. Très jolies images encore une fois. J'aime beaucoup la dernière, toute en douceur.

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