Suite de ma série d'articles sur le problème du vol de contenus "trouvés sur internet". Aujourd'hui, un article sur "toutes les façons faciles de ne pas respecter la propriété intellectuelle", histoire de se faire une idée de l'ampleur du non-respect du droit d'auteur dans les plaines sauvages de la toile. Bienvenus au far-ouest!
L'emprunt abusif de contenu documentaire:
Il ne s'agit pas de devenir paranoïaque, mais conscient que si l'on veut réellement protéger un contenu, la seule solution consiste à ne pas le publier. De plus, la plupart des emprunts abusifs sont liés à de simples négligences ou à la méconnaissance de cette complexe notion de "droit d'auteur". De très nombreux blogueurs sont persuadés
(ou se persuadent?) qu'ils peuvent reprendre n'importe quelle photo trouvée sur Google-images, ou n'importe quel texte documentaire, à partir du moment où ils ne l'utiliseront pas dans un cadre commercial.
Remarque: je ne développe pas ici tous les détails de cette fameuse notion de "droit d'auteur", mais le "droit d'auteur" s'applique à toute création originale. Il ne dépend pas du statut de l'auteur (professionnel ou amateur), ni de l'endroit où sera publié un contenu (page web personnelle ou site commercial)
L'emprunt est une pratique courante dans des sites informatifs ou documentaires. L'article qui suit n'a pas la prétention d'être exhaustif, mais un simple retour d'expériences souvent désagréables.
Partage des connaissances: publier un article dans un site d'information:
En automne 2008, j'avais publié un article documentaire sur la coccinelle asiatique dans un site d'information en ligne
(Notre planète info). Toutes les informations contenues dans ce site sont protégées:
Notre planète info n'autorise pas la reprise d'un article entier
(autorisation de reprendre les quelques premières lignes, puis un lien "lire la suite..." qui redirige vers l'article d'origine). Il faut également savoir que même lorsque l'on publie en dehors de son propre blog, on demeure l'auteur d'un texte ou d'une image (sauf si l'on choisit de céder ses droits explicitement).
Un an plus tard, en automne 2009, les coccinelles asiatiques ont refait leur apparition. Avant d'en parler sur ce blog, je suis retournée sur le site "notre planète info", voir mon article. Je me doutais qu'il avait sans doute été repris, et je voulais juste vérifier l'ampleur de ces copies, pour écrire mon nouveau billet en évitant tout risque de duplicate.
Je prélève donc une phrase en début de l'article de "notre planète info", et je la copie entre guillemets dans Google.
Surprise: cet article n'a pas été repris une seule fois selon la procédure autorisée (juste citation des premières lignes). Par contre, il a été intégralement recopié (texte et photos) 8 fois dans d'autres sites ou blogs. Parfois en citant le site de provenance, souvent en se retrouvant signé par le webmestre abusif.
Je précise que la rédaction de ce billet ne me rapportait rien: pas de liens vers mon site, pas de rémunération quelconque ni aucun avantage de type "référencement de mon blog". Je l'ai juste écrit pour faire passer une info.
Suite à ce constat, on hésite à partager nos infos, non?
(Que l'information circule, passe encore, mais la "perte" de mes photos me pose plus de problèmes. Faut-il admettre une fois pour toute que tout texte documentaire doit forcément être illustré de photos "bas de gamme" et réserver nos "belles photos" pour un usage uniquement professionnel? Je trouve vraiment dommage de ne pas pouvoir illustrer correctement un tel billet sans accepter implicitement que ces photos seront volées. Je tenais aussi à préciser que je ne tiens absolument pas le site "Notre Planète info" pour responsable de ces utilisations illégales. J'étais consciente du risque, et les responsables demeurent les pilleurs)Partage des connaissances: publier des photos dans des sites documentaires
Dans la même intention de partager des informations, j'ai publié il y a deux ans quelques photos dans un site naissant qui projetait de mettre en place un recensement de la flore en France. J'ai vite arrêté (manque de dynamisme du site), mais j'y ai laissé 12 photos, pensant qu'elles pourraient servir. Suite à ma récente mésaventure avec la
photo volée des faux de Verzy, j'ai supprimé mes 12 photos de ce site il y a quelques jours... sans résister à une petite recherche préalable.
Les photos mises en ligne sur ce site comportent toutes dans leur adresse le nom de la plante et le nom du site. J'ai donc tapé le nom de la plante+nom du site dans google-images. Et je suis tombée sur (seulement) 2 emprunts abusifs sur 12.
(Réglés vite et bien, et même dans une extrême courtoisie pour l'une d'entre elle. Merci à elle si elle passe par là)Le contenu wikipédia: Recherche sur le coquelicot
Et wikipédia, dans tout ça?
Par curiosité, et pour mesurer l'ampleur du phénomène, je suis allée sur l'article de
Wikipédia consacré au coquelicot.
J'ai sélectionné une phrase de cet article entre guillemets, et hop, recherche google!
Les résultats? Pour la recherche
"Par ses propriétés émollientes, sédatives et béchiques, le coquelicot est un calmant", on obtient quand même 750 réponses en ce jour
(+ une maintenant: ce billet)!
Cette photo de coquelicot, c'est la mienne... Toute reproduction ailleurs est interdite sans autorisation ;-) Pour connaitre les conditions à respecter pour avoir le droit de citer une page de wikipédia, il suffit de cliquer sur le lien
"citer cette page", dans le menu gauche de l'encyclopédie. L'article Coquelicot est sous
licence créative commons.
Je n'ai pas parcouru chacun de ces 750 sites qui reprennent l'article de wikipédia pour vérifier s'ils citaient leur source. Mais j'en ai quand même visité quelques-uns. La source est très rarement citée, l'article est souvent intégralement recopié. Les photographies de l'article de wikipédia sont également reprises, parfois recadrées et/ou en laissant sous-entendre qu'elles sont l'oeuvre de l'auteur du blog. Les
"recopieurs de wikipédia" sont divers et variés: on y trouve de nombreux blogs personnels, des sites commerciaux, des forums. Il y a également les sites documentaires communautaires de type "herbier", qui encouragent ces pratiques et se couvrent en attribuant la responsabilité des articles rédigés aux membres qui les déposent
(et qui participent du même coup à la bonne santé des revenus publicitaires des sites en question!)
Parmi ces 750 pages web, j'ai sélectionné quelques blogs qui affichaient de nombreux articles documentaires. J'ai prélevé au hasard quelques phrases dans d'autres articles de ces mêmes blogs pour les rechercher sur google. Mauvaise pioche: la plupart du temps on découvre qu'il s'agit d'articles empruntés ailleurs (wikipédia ou autre) Très souvent, ces blogs s'alimentent en recopiant des textes trouvés par l'intermédiaire de google: souvent ceux de wikipédia, et les vôtres de temps en temps...
La licence créative commons
Un étrange phénomène, que toute cette portion du web qui se nourrit de recopiages... Quant à la belle idée de partage des informations par l'intermédiaire d'une "licence créative commons", elle sert en réalité d'alibi. La plupart des blogueurs pensent qu'elle autorise à la copie, mais ignorent qu'elle oblige à la citation des sources par un lien URL. D'ailleurs, certains moteurs de recherche renforcent cette méconnaissance, en proposant une recherche personnalisée d'images "
libres de droit ou sous licence CC".
Vol de photos incité par de nouveaux moteurs de recherches:
Après avoir parlé "vol de textes", un dernier paragraphe plus spécifique au vol d'images.
Google met gratuitement de nombreux outils à disposition des webmestres. (La plateforme Blogger en est un exemple.) Je ne peux qu'approuver cette offre gratuite d'outils et services, mais certains outils sont problématiques.
Une interface de google permet de créer son propre moteur de recherche.
(Je pense que l'on trouve les mêmes outils chez Bing, ou Yahoo.) Ce moteur peut être un moteur interne, ou un moteur généraliste, qui va effectuer des recherches thématiques ou dans une liste de sites sélectionnés par le webmaster: moteur sur un sujet précis
(bio, éducation, bâtiment...), ou encore moteur "
éthique", "
artistique", "
pour enfants"... avec renvoi sur des sites considérés comme tels par le webmestre.
C'est ainsi que des webmestres souvent pleins de bonnes intentions créent des moteurs de recherche spécifiques. Et c'est là que les problèmes commencent.
Ces petits moteurs de recherche fonctionnent comme les géants: on peut effectuer une recherche web, et parfois une recherche images. Dans la plupart de ces moteurs, lorsque l'on fait une recherche-images, on obtient une mosaïque d'images, sur lesquelles il suffit de cliquer pour avoir accès à l'image d'origine.
Comme Google, pensez-vous? Pas tout à fait, et la différence entre ces moteurs et Google est de taille: Google images affiche seulement les illustrations de nos pages web, mais il précise qu'elles ne sont pas forcément autorisées à la copie, et surtout, il affiche en même temps l'article d'origine avec lien URL. On peut ainsi en un clic accéder au site dont nous convoitons l'image, et vérifier les conditions d'utilisation stipulées par l'auteur.
De nombreux moteurs de recherches de moindre importance procèdent totalement différemment: dans leur onglet
"recherche d'images", on obtient tout simplement la photo grandeur nature, sans aucune mise en garde sur le droit d'auteur, et sans lien vers l'article d'origine. Il figure souvent quelque part une adresse "écrite", mais non URL. Et cette adresse est parfois l'adresse de l'image, ou du serveur qui accueille nos photos, pas cette du blog où elle figure. Au final, même celui qui serait attentif à respecter le droit d'auteur serait dans l'incapacité de le faire, s'il utilise certains moteurs de recherche.
Le vert étant tendance en ce moment, voilà deux exemples de moteurs de recherche dits "éthiques" ou "solidaires" qui procèdent de cette façon:
Allez donc y faire un tour et voyez à quoi ressemble leur recherche d'images. Elle s'apparente en réalité à une banque d'images qui aspire toutes les images des sites référencés par ces moteurs. Les créateurs de ces moteurs ne peut-être sont pas conscient de ce problème, mais voilà des moteurs qui ne sont pas très
éthiques ou
solidaires envers les conditions difficiles dans lesquelles doit évoluer le photographe dans ce monde du non respect du droit d'auteur!
Je ne suis pas juriste, je serais donc incapable d'affirmer que ces moteurs contournent la loi sur la propriété intellectuelle. Je constate juste qu'entre les onglets-images de ces moteurs, et une banque d'images bâtie illégalement en aspirant purement et simplement les illustrations du web sans les lier à leur source et sans autorisation, la nuance est faible. Et je suis ravie de ne pas être référencée sur ces moteurs: google-images suffit largement à mon référencement et à mes déboires en matière de vol.
(Je m'abstiens d'ailleurs depuis quelques mois de soigner le référencement de mes photos pour google-images)Des sites illustrés illégalement grâce à l'interface "google-images"
Je n'entrerai pas dans les détails de programmation
(j'en serais incapable), mais il est possible d'utiliser l'interface-google pour webmestre qui génère une recherche automatique d'images pour illustrer les pages de son site.
(J'ai déjà été confrontée à cette dérive, et j'ai exigé que les adresses de mes sites soient exclues du site en question.)Concrètement, un site automatise les illustrations de ses pages en prélevant des images directement sur Google-images. Il le stipule clairement et se réfugie derrière cet argument pour justifier la présence de votre photo à côté de ses produits.
En voilà un exemple tout frais trouvé en quelques secondes la semaine dernière:

Un hôtel au nom fleuri de "bois-joli" qui se fait sa pub grâce aux images trouvées par google-images sur le
daphné mezereum ou bois-joli... L'arbuste est rare, j'ai réalisé un billet sur lui
(suivre le lien). Résultat: mes photos sont en première ligne!

Je crois que cette fois, je vais laisser tomber. Le site prélève ses images en hotlink (il fait l'équivalent d'un "glisser-coller" et la photo qui figure sur ce site garde l'adresse que je lui ai donnée.) Il s'agit d'un site étranger, et j'ai déjà bien du mal à obtenir la suppression de mes images sur des sites francophones! Je vais juste supprimer la photo de mon billet et la remplacer par la même, mais qui aura une autre adresse.
Il est très difficile de justifier du droit d'auteur lorsque l'on contacte les sites qui utilisent ces fameuses interfaces de recherche d'images qu'offre google aux webmestres. Ils se réfugient tous derrière la phrase
"C'est pas moi, c'est Google...". Mais Google ne fait que proposer un outil, il n'est absolument pas responsable de l'usage que l'on en fait, il me semble?
Y a-t-il des voleurs partout?
La paranoïa commence à vous gagner?... Inutile de paniquer, mais autant être lucide et informé. L'information gagnerait d'ailleurs à être largement diffusée auprès des blogueurs: bon nombre d'emprunteurs évitent de se poser des questions, et ne savent pas exactement quelles sont leur responsabilité, ni les conditions dans lesquelles on peut ou non inclure la photo ou le texte d'un autre dans son propre blog.
Un vol de contenu par un blog personnel est moins grave en apparence qu'un vol à destination d'un site commercial. Dans le premier cas, on exige juste le retrait de l'image, dans le second, on peut être amené à facturer la diffusion de notre photo.
Grave, pas grave... je ne me prononce pas car certains emprunts sont très blessants, et certains emprunteurs très désagréables. Un préjudice à évaluer au cas par cas, et ça n'est sûrement pas au voleur de nous expliquer que
"ça n'est pas bien grave...".
Il y a quand même une justice à tout ça, au niveau d'internet: google n'aime pas le duplicate. Il déteste retrouver un contenu identique dans plusieurs blogs. Alors, en matière de référencement, tous ceux qui font de sites comme wikipédia leur base de contenus principale ne risquent pas de voir décoller leur audience.
Le mot de la fin? De temps en temps, je me rends compte que l'on cite l'un de mes articles ailleurs et "dans les règles": en évoquant très brièvement mon article et en y renvoyant par un lien URL. Merci à eux pour leur respect, et un merci particulier à ceux qui m'en ont demandé l'autorisation. Ça n'est pas forcément nécessaire, mais c'est toujours agréable. En comparaison à ces blogs respectueux, j'ai eu 10 fois plus
(au moins) d'emprunts abusifs
(à ma connaissance). Je sais maintenant que la pratique est courante et lorsque cela se produit, j'espère juste que ces problèmes se règlent vite et bien (en général par retrait immédiat de ce qui m'appartient).
___________________________________________________________________Les articles liés: :