Sortie photo en forêt: lumière et troncs marqués...
Trouée lumineuse hier! Enfin!... L'occasion d'une brève balade dans le "petit bois en haut de chez moi". Plus de tapis blanc, seules quelques plaques de neige à l'ombre expirent à mon passage une bouffée d'air glacé. La terre est détrempée. Elle colle aux pieds, cette bonne vieille terre de Champagne, moitié crayeuse, moitié argileuse.Le petit bois m'attend dans le silence. Pas de vert. Teintes ocres et brunes. J'aimerai me perdre sous le couvert d'une forêt primaire à mille milles de toute terre habitée. Mais çà et là sont gravés à même les troncs les signes indéniables que d'autres que moi fréquentent mon havre sylvestre.
Ici, une estafilade bleue barre le tronc d'un hêtre. Cicatrice indélébile et tragique! Condamné à être bientôt abattu...

Un peu plus loin, les tronçonneuses des forestiers ont commencé à se frayer un chemin, déchiquetant les jeunes acacias pour ne pas avoir à souffrir de la griffure de leurs épines, lorsque le moment sera venu de s'attaquer à des troncs de plus grande envergure.

La forêt pleure ses blessures... Les renards se terrent, les chevreuils ont disparu. Seul un couple de merles ose s'insinuer dans l'enchevêtrement de troncs couchés qui m'interdit l'accès aux souches moussues. Je reste en lisière, en quête d'un murmure, d'un signe de vie le long des écorces enguirlandées de lierre.
Mais mon petit bois se tait, statufié par un hiver minéral. Qu'importe, je persévère, certaine que quelque part se cache un petit bout de vie.
Une branche épineuse vivante
Regard distrait sur le bord du sentier hérissé d'herbes sèches qui craquent sous les pieds. Soudain, on m'accroche par la manche. On me retient. Je me retourne pour découvrir une frêle créature qui me regarde de sa minuscule tête dorée, les bras tendus.Ai-je sous les yeux une petite elfe? Une fée des forêts? Certainement pas. Elfes, lutins et fées sont des êtres liées à la terre. A un lieu, à une source, à un arbre, à une pierre. Les fées qui arpentent ma campagne ne sont pas les fées qui hantent votre campagne, ainsi qu'en attestent formellement les légendes médiévales. A chaque forêt son petit peuple, et en hiver, chez moi, le petit peuple s'endort.

La fine créature toute en épines exprime quelque chose de bien plus ancien. Quelque chose d'universel. Que l'on peut ressentir partout et depuis que les hommes marchent debout. Totem, statuette, vénus, déesse de la fertilité, arts premiers... On lui a donné tous les noms, toutes les images. Elle glisse sur les modes et réapparait là où on ne l'attend pas, jusqu'au détour d'un sentier par une belle journée d'hiver en Champagne, en plein XXIème siècle.
J'ai plongé mes yeux dans son regard séculaire. Elle n'a pas disparu! Elle est demeurée là, ses multiples bras dressés vers le ciel, ses visages tournés vers moi.

La petite statuette révèle son pouvoir:
Je ne saurai sans doute jamais le nom de cette créature. A-t-elle un nom d'ailleurs? En a-t-elle mille? Qu'importe son nom! Seule compte sa survivance, assurée par le regard que portent sur elle ceux qui arpentent les chemins. Quant à son pouvoir, les tronçonneurs ont beau tenter de l'affaiblir, il demeure. Pour preuve: juste au dessus de sa plus haute tête, voilà ce que j'ai découvert:
Photos hivernales sous l'influence des arts premiers:
Après la lecture de mon billet, certains se demanderont peut-être dans quel blog ils sont tombés!... Cela faisait des semaines que je n'avais pas entrouvert la porte de mon cabinet débordant de curiosités intérieures. Trop de monde derrière cette porte! Il était temps de faire ressurgir l'une de mes sources d'inspirations, et cette branche anthropomorphe a rappelé à ma mémoire ce que l'on appelle aujourd'hui "les arts premiers". Ces "arts premiers" regorgent de représentations de ma petite créature à tête dorée: quelques exemples dans l'article qui précède:"Arts premiers": source d'inspiration photographique en hiver
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D'autres photos d'hiver?
- La champagne sous le verglas: palais des glaces macro
- Paysages de vigne sous la neige: graphisme et épure
- Balade d'hiver: les couleurs de la nature crées par la lumière
Et plus de photos dans les galeries "La forêt en détail" et "Haies naturelles"de la photothèque.
J'aime beaucoup l'avant-dernière photo têtépine et ton texte inspiré.
RépondreSupprimerL'hiver, décidément trop long, ne t'arrête pas dans ton inspiration. Mieux, il pousse celle-ci dans ses derniers retranchements. Pas encore de petites "bébêtes" à se mettre dans l'objectif, mais des coins de nature étonnamment beaux dans leur réalisme ou leur étrange poésie.
RépondreSupprimerEt ce bourgeon de chèvrefeuille déjà annonciateur de printemps : il fallait bien le chercher celui-là !
@ Darthmagus: Cela fait une semaine que j'ai le nez plongé dans des bouts de code HTML CSS, et je commençais à craquer: besoin de sortir faire des photos, mais aussi besoin de m'évader par l'écriture. Cette brindille épineuse m'a inspirée.
RépondreSupprimer@ Marc: Rien de plus réconfortant que de trouver des bourgeons en janvier: l'assurance que le printemps reviendra!
Quel texte, Cathy!
RépondreSupprimerJe comprends ton envie de t'éclater un peu et te plonger dansl'inspiration de la nature!
Même s'il n'y a que peu de photos à faire en ce moment, on se ressource efficacement en forêt!
C'est triste ces arbres abattus, mais il faut bien gérer les forêts! Et en France nous savons faire!
Quant aux acacias, pas peur pour eux! Plus on en coupe, plus il en revient! Ils sont correctement exploités à présent, après avoir été presque éradiqués, car on a besoin de leur bois pour faire des piquets et du parquet!
@ Carlib: Merci :-)
RépondreSupprimerTu as raison, pour l'exploitation forestière: c'est une nécessité et une source d'énergie renouvelable au pied de notre porte (je me chauffe d'ailleurs au bois et aux granulés). Mais depuis quelques années, il y a de moins en moins de forestiers et de plus en plus de bûcheronnage avec gros engins de débardages. Conséquence: de larges trouées inutiles dans les sous-bois pour faire passer ces monstres, des chemins et des sous-bois défoncés, terriers et végétation écrasés.
Quant aux acacias, c'est vrai qu'on les redécouvre enfin. Mais ils sont encore souvent au mieux brûlés dans les cheminées, au pire laissés ou brulés en forêt, et ici, les meubles en acacia ont du mal à concurrencer le bois exotique.
Mais gardons espoir: l'acacia vaincra! ;-)
Tu nous fait rêver.
RépondreSupprimer@ Zipanu: Merci :-)
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup cette série et le texte qui l'accompagne. C'est vraiment très beau.
RépondreSupprimerAmicalement,
David
@ David: Merci à toi pour ce com :-)
RépondreSupprimerAmicalement
Wow, tes photos sont vraiment très belle...tout est magnifique..Bravo à toi!
RépondreSupprimerJe suis le charme de la 1ère !!
RépondreSupprimerBon dimanche
La balerine à épine
RépondreSupprimerEn tendant ses bras
Danse un pas de deux
Avec sa copine,
Grand écart et arabesques
Le tout, cela va sans dire,
Sur la pointe de l'épine !
J'aime les rencontres avec les esprits de la Nature, c'est rare, mais qu'est-ce que c'est bien !
Biseeeeeeeeeeeeees de Christineeeee
@ Vicky: Merci :-)
RépondreSupprimer@ Xavier: Tu me fais plaisir en citant la première photo: les "paysages graphiques" construits ne sont pas toujours faciles à trouver en macro.
@ Christineeee: Je sais que s'il y en a une qui sait dénicher au revers d'un buisson ces petits esprits de la nature, c'est bien toi ;-)
Comme quoi, même en hiver, en se creusant un peu la tête, on trouve des sujets intéressants!
RépondreSupprimerMerci pour cet article aux très bonnes photos tant sur les plans graphiques et techniques qu'artistiques, une simplicité sans effets qui me plait et force le respect.
RépondreSupprimerToutes mes félicitations pour ce blog que je découvre et que je vais visiter en tout sens je crois.
Rares sont les blogs réunissant l'image et le récit avec autant d'habileté, je m'incline et l'ajoute immédiatement aux liens de mon blog
@ Coralie: ... et en se gelant les pieds ;-)
RépondreSupprimer@ Lbel: Merci à toi pour un tel commentaire! :-)
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