03/02/10

Mousse, aquarelle ou contrejour - Comment progresser en photo l'hiver?

Mousse toujours...

Décidément, ELLE me poursuit! Ou plutôt, JE la poursuis: je la traque, je la cherche, j'apprends à composer avec celle des souches, celle des pierres, celle des troncs encore debout. C'est à chaque fois la même et à chaque fois une autre, qui parfois m'attend, et souvent me surprend.

Cette fois, pas de ciel bleu. Un temps plombé, avec parfois un rayon de soleil ténu à ne pas manquer. L'absence de lumière n'est pas un problème, en photo macro de mousse, sauf si l'on cherche des plans graphiques avec une grande zone de netteté. Sur ces deux images, j'ai juste mis en valeur un minuscule brin de mousse. J'ai donc pu ouvrir mon objectif pour laisser rentrer un maximum de lumière sans monter dans les ISO. Un unique brin se détache, seul élément net, sur un fond flouté.
Mais plus le sujet (ou la zone de netteté) est petit, plus il faut prendre en compte l'ensemble de l'image. La difficulté, dans ce genre de photos, n'est pas le réglage de la netteté, mais de chercher avec quel brin de mousse composer sa photo. Comme en photo macro d'insecte, il faut donc prendre le temps d'observer, avant de passer à l'acte.
Je commence à regarder ma plaque de mousse à l'oeil nu, je cherche à repérer quel brin de mousse se détache un peu des autres, capte bien la lumière. Puis je passe à une observation à travers le viseur, j'affine mes réglages et cadrage. Je consacre bien plus de temps à chercher mon image qu'à la réaliser.

Brin de mousse et givre (sur pierre):

Photo macro de mousse et givre couleur aquarelle
Mousse et givre: couleurs pastel pour photo macro d'hiver

Dans cette photo, j'ai choisi un léger contrejour: je voulais un brin net et coloré, avec en arrière-plan d'autres brins qui apparaissent en ombre chinoise estompée. La neige, comme un léger brouillard, sont des atouts en photo macro: ils réverbèrent la lumière et offrent un éclairage diffus, surtout si le ciel est couvert.

Brin de mousse sur tronc d'arbre: contrejour coloré

Brin de mousse sur un tronc à contrejour
Un brin de mousse translucide sous un rayon de soleil (écorce de bouleau)

Pour réaliser cette photo, j'ai dû attendre! J'avais repéré mon sujet: ce brin de mousse rebondi et coloré, qui s'élance au cœur d'une mousse qui s'ouvre comme une corole. le ciel était capricieux, ce jour-là: beaucoup de nuages, et parfois, entre deux, un rayon de soleil. Le tronc de bouleau était exactement dans l'axe du soleil. J'ai donc patienté jusqu'à ce qu'une belle lumière vienne frapper la tête de mon brin de mousse jusqu'à le rendre translucide. Le ciel par ailleurs très gris donne cette ambiance un peu particulière, presque orageuse.

Progresser en photographie: se fixer un sujet

La photographie exige des compétences extrêmement variées. La plupart du temps, surtout lorsque l'on débute (ou lorsque l'on expérimente un nouveau matériel), on se focalise surtout sur les compétences techniques, plus particulièrement le choix de la profondeur de champ, la netteté et l'éclairage sur le sujet. Pourtant, une photo n'est pas la capture d'un sujet. C'est avant tout une image: un arrière-plan, un ou plusieurs sujets mis en scène, un premier plan, des couleurs et des lignes.

S'obliger ou être amené à travailler sur un sujet précis, comme ici la mousse, exige justement de se détacher de son sujet: à force de lui tourner autour, on commence à le connaitre, on peut alors regarder au delà, le mettre en scène, varier les compositions et les jeux de lumière. Petit à petit, au delà des compétences techniques, c'est l'imagination qui prend le relai, ainsi qu'un regard plus pointu non plus sur le brin de mousse, mais sur l'ensemble de l'image.
On tolérait certains "défauts" dans nos premières photos, comme cette petite tache de lumière cramée ou ce "trou sombre" de bruit de couleur fréquents en photo de mousse. Mais au fil des séances, on anticipe, on fait de moins en moins de photos, tout en étant de plus en plus attentif aux détails.

Personnellement, j'aime me fixer des contraintes, comme ce travail hivernal sur la mousse: la contrainte me libère, me force à aller au delà du brin de mousse pour considérer l'ensemble de l'image, et toujours chercher à renouveler mes cadrages. La mousse en particulier est souvent un casse-tête au niveau de la gestion de la lumière, et les détails sont tellement petits que cela oblige à travailler des compositions en plan large.
En photo comme ailleurs, rien ne se perd (et tout se crée?): je sais que dès le printemps, lorsque le petit monde bourdonnant sera de retour, je pourrais réinvestir tout ce que j'ai appris en photographiant mes plaques de mousse. Ce sujet d'hiver me convient particulièrement bien: j'aime les plans larges et les flous, que ce soit pour photographier un champignon, une libellule ou un papillon.

S'imposer une contrainte ne signifie pas forcément "travailler 6 mois sur un sujet unique". Quelques heures passées sur un sujet précis, à ne regarder que lui, à le photographier sous tous les angles, peuvent suffire à ouvrir de nouvelles perspectives photographiques. Bien sûr, la plupart de ces "photographies sous contrainte" finiront sans doute dans la corbeille, mais le carnet de croquis d'un peintre n'est pas forcément destiné à la postérité. Il faut s'accorder le droit de chercher d'autres images, "perdre du temps" à faire des essais que l'on garde pour soi, que l'on prend le temps d'analyser, de critiquer. Je crois que c'est comme ça que l'on apprend peu à peu à réaliser des photos plus personnelles, plus abouties. Et je sais que toutes ces heures passées à photographier un sujet parfois trop banal ne seront jamais perdues: tous ces réflexes de réglage, de cadrage, cette connaissance du sujet, ont "aiguisé mon instinct photographique": une façon de se tenir prêt lorsque surgiront des sujets moins statiques!

Se contraindre en hiver, se libérer en été:

En photo nature, l'hiver n'est pas forcément la meilleure saison, hormis pour les photos d'oiseau au jardin: peu de lumière, mauvais temps, présence de chasseurs... autant de raisons de nous languir du retour du printemps. Mais aussi autant de bonnes raisons de passer à autre chose! Pas forcément dans l'intention de "faire des photos géniales", mais juste pour apprendre à regarder différemment dans son viseur.

16 commentaires:

  1. On est obligé d'avoir une faible zone de netteté en ouvrant les diaphragmes pour pouvoir prendre des photos nettes dans cette période de faible luminosité.
    Ca influence beaucoup notre art.

    En période de tests, oui je me pose des questions par exemple comment je vais faire en extérieur et en macro pour prendre des photos avec une ouverture de 22 en moyenne...ça ressemble à mission impossible la macro. Il faudra savoir si le système de stabilisation pourra aider ou s'il faudra vraiment s'équiper d'un monopied(déjà fait) ou trépied.
    J'ai remarqué aussi qu'à plus de 13 mètres je ne peux rien faire d'intéressant en photos d'oiseaux.

    Enfin bref, des tests(je suis aussi ton sillage au cas où il y aurait des chemins à prendre...j'essai donc d'apprendre des blogs en général), et aussi beaucoup d'informatique, exercices de traitement d'image pour qu'au moins dès le printemps la chaine graphique soit opérationnelle.

    Voilà ce que je fais en hiver.

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  2. Salut Cathy,
    Encore un beau reportage, et de bons enseignements. Comment patiente t-on durant l'hiver? Pas en faisant des photos de mousse car elles sont généralement sous la neige ;-) En triant les photos faites au cours de l'année Madame et en chassant les aurores boréales!!

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  3. @ Zipanu: Ouverture 22?... Je ne sais pas si j'ai déjà pris une photo à cette ouverture avec mon objectif macro! Il reste quand même toutes les "photos graphiques" qui demandent généralement une plus grande zone de netteté, mais comme tu le dis, tu dois avoir des pb de vitesse. Personnellement, je me passe du pied aussi souvent que possible, et en sortie, je privilégie le monopode au trépied.

    @ Chris: Je pensais à toi en évoquant les photographes ornitho, mais j'avais oublié qu'en + des oiseaux, vous aviez les aurores boréales. Veinard!!!

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  4. Je suis rassuré pour le monopode.

    Oui 22 c'est sans doute trop, en fait ça n'allait pas du tout en 5.6 le plan net était trop étroit, j'aurais du essayer par paliers pour savoir si 8 ou 11 aurait suffit.

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  5. Un coup de cœur pour la douceur de la 1ère!

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  6. Bonjour Cathy,
    Ambiance étrange, surréaliste. Je me fais toute petite pour me balader à travers ce paysage de mousse.
    Si l'apprentissage de la numérologie photo permet de réaliser des oeuvres pareilles, je veux bien me sortir de mon analphabétisme...

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  7. Elles sont toujours très bien étudiées, tes photos!
    C''est vrai que ça vaut la peine de "perdre" du temps sur un sujet ou une technique pour en apprendre davantage!
    Si c'était trop facile ce ne serait plus passionnant!
    Bravo, en tous cas!

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  8. Je suis du même avis que Coralie.

    La douceur de ta première photo m'a tout de suite charmée, je la trouve magnifique!

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  9. La première est vraiment magnifique, très travaillée cela se voit !
    En attendant le printemps ( et le retour des libellules ;-) ), je travaille principalement sur la photo de paysage comme tu as pu le remarquer, et je tente d'améliorer ma technique du filé d'eau !

    Cdt,
    Jma

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  10. Mais, chère Cathy, on ne patiente pas en attendant le printemps ? Mais non, l'hiver est un univers en soi, un moment où le manque de neige peut devenir angoissant certes, mais...

    L'hiver, ce sont les raquettes en forêt, à la recherche d'endroits où personne ne va. L'hiver c'est les photos quasi arctiques, deux mètres de glace sous tes pieds dans la baie des Ha ! Ha ! et un univers qui se perd devant ! L'hiver, ce sont les formes creusées par le vent sur la neige et la glace qui recouvrent le Saint-Laurent.

    L'hiver, c'est aussi prouver que les limites de l'équipement ne sont pas celles que l'ont prétend, des photos prises à -39°C, -37°C, dans la bourrasque, non pas sur la rive, mais SUR le Saguenay !

    L'hiver, c'est ma vraie vie.

    À propos de mes photos...

    Question de philosophie et d'optique. Si l'on vole mes photos format écran, tant pis. Les gens à qui je vends des photos veulent des formats géants, des imprimés qui demandent des fichiers de près de 4000 x 6000 pixels très souvent. C'est là-dessus que je me concentre. Je sais, je suis un peu bizarre.

    Le pire, c'est que les photos que j'ai vendues, celles pour lesquelles d'éventuels acheteurs posent des questions, ne sont pas souvent celles qui intéressent ceux qui volent. Pourquoi, je n'en sais rien. M'enfin...

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  11. La deuxième est superbe !!
    Pour patienter je mets un peu d'ordre dans mes photos, et j'esaye de lire des articles comme les tiens pour essayer de m'améliorer mais c'est pas gagné !!

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  12. Bonjour Cathy,
    Ton article est très intéressant.
    En effet, j'attendais le printemps et les premiers insectes et fleurs pour ressortir l'objectif macro.
    je n'aurais jamais pensé photographier la mousse ou un autre sujet hivernal.
    Merci pour cette leçon.
    Cordialement,
    Lionel

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  13. Merci à tous pour vos témoignages, qui montrent que l'hiver se vit comme on le veut (ou comme on le peut...). Je me suis laissée déborder, et je m'excuse de ne pas avoir le temps de répondre à chacun d'entre vous. Très bon dimanche à tous :-)

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  14. Bonsoir !

    Quel plaisir de tomber sur votre blog, je n'ai pas eu le temps d'en faire le tour, il est très riche, mais déjà j'en ai parlé à quelques ami-e-s ici : http://rocknlivres.forumculture.net

    Pour ma part, en attendant le printemps, je peins, je griffonne, je tente des photos très amateurs sur les moustaches de mes chats, j'échange sur un forum où je partage mes coups de cœur artistiques, pour se faire, je parcours donc la Toile à la recherche de découvertes savoureuses et délicates.
    Et hop je tombe sur votre blog, c'est un très bon signe printanier !

    Merci et bonne continuation !

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  15. @ Utopie: Bienvenue et Merci pour ce commentaire :-)

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