Séance photo: le verre au musée (50mm), souvenirs d'Ensérune...
Le verre m'a toujours fascinée: transparence, petits défauts ou filé du verre soufflé... Et particulièrement le verre qui a déjà vécu, parfois rayé, parfois ébréché, et toujours moins parfait que nos verre et cristal contemporains.
Il est un verre qui me touche particulièrement: ce verre antique qui siège dans les vitrines des musées archéologiques. Tout ça à cause d'un souvenir rendu flou (et peut-être faux?...) par les années. La visite du site archéologique d'Ensérune, à proximité de Béziers.
J'étais enfant. Je me rappelle la traversée des ruines d'un village gaulois sous la chaleur du midi. Puis la visite du musée. Des vitrines. Des jarres de toutes tailles, de vieux éclats de poterie. Des bouts de métal rouillé, par fois vaguement ouvragés. Je ne comprenais pas très bien quel intérêt trouvaient les adultes à ces miettes du passé. Et puis, il y a eu l'arrêt devant une vitrine un peu trop haute pour moi. J'ai levé la tête, et j'ai découvert des collections de fioles, de vases en verre. Du verre aux délicates teintes aquatiques, aquarelles. Dans certaines fioles, on distinguait une masse informe: le contenu original avait été conservé. Fascination immédiate pour ces fragiles objets qui avaient survécu. Une fascination qui ne m'a jamais lâchée. C'est pourquoi depuis, je m'arrête toujours un peu plus longtemps devant les verres antiques que devant les autres objets, lorsque je visite un musée archéologique.
C'est donc tout naturellement que s'est imposée cette série de photos: le verre au musée Saint-Rémi à Reims. Le verre gallo-romain, mais aussi le verre vert des vitrines et étagères, le verre blanc des hautes fenêtres du bâtiment.
Il est un verre qui me touche particulièrement: ce verre antique qui siège dans les vitrines des musées archéologiques. Tout ça à cause d'un souvenir rendu flou (et peut-être faux?...) par les années. La visite du site archéologique d'Ensérune, à proximité de Béziers.
J'étais enfant. Je me rappelle la traversée des ruines d'un village gaulois sous la chaleur du midi. Puis la visite du musée. Des vitrines. Des jarres de toutes tailles, de vieux éclats de poterie. Des bouts de métal rouillé, par fois vaguement ouvragés. Je ne comprenais pas très bien quel intérêt trouvaient les adultes à ces miettes du passé. Et puis, il y a eu l'arrêt devant une vitrine un peu trop haute pour moi. J'ai levé la tête, et j'ai découvert des collections de fioles, de vases en verre. Du verre aux délicates teintes aquatiques, aquarelles. Dans certaines fioles, on distinguait une masse informe: le contenu original avait été conservé. Fascination immédiate pour ces fragiles objets qui avaient survécu. Une fascination qui ne m'a jamais lâchée. C'est pourquoi depuis, je m'arrête toujours un peu plus longtemps devant les verres antiques que devant les autres objets, lorsque je visite un musée archéologique.
C'est donc tout naturellement que s'est imposée cette série de photos: le verre au musée Saint-Rémi à Reims. Le verre gallo-romain, mais aussi le verre vert des vitrines et étagères, le verre blanc des hautes fenêtres du bâtiment.
reflets dans le verre des fenêtres du musée Saint-Rémi (Reims)
Le musée occupe une ancienne abbaye royale bénédictine: longs couloirs, hautes fenêtres. Des salles lumineuses (lorsque les objets exposés ne réclament pas de pénombre). Dans une vitrine remplie de poteries gallo-romaines se reflète le corps opposé du bâtiment. Mise au point sur le reflet (sur la vitre de la vitrine - je tourne le dos à la fenêtre), et faible profondeur de champ pour alléger la masse des vases à l'intérieur de la vitrine.
verreries gallo-romaines: fiole, aryballe à parfum, gobelet... (1er siècle ap. JC)
L'une des difficultés consiste à occulter toutes les étiquettes et légendes explicatives qui côtoient les verreries. A côté de chaque objet de cette vitrine, une lettre de l'alphabet en relief est posée. Il a fallu trouver un angle de vue assez bas pour ne laisser voir de la lettre que la tranche tout en conservant la base du gobelet (c'est l'explication au petit trait brun posé à gauche du gobelet).
Choix d'une profondeur de champ (f/3,2) qui conserve la texture et le relief du gobelet, et esquisse la silhouette de la fiole en arrière-plan.

Un gobelet de verre gallo-romain
Un ensemble de fioles. Là encore, la liberté de choix du cadrage est maigre: trouver une composition qui ne conserve que les objets sans les étiquettes. Une fiole au premier plan, qui répond à la fiole bleue et dessine une ligne de construction en diagonale.

Assortiment de fioles gallo-romaines, verre bleu et vert
Choix d'une profondeur de champ (f/3,2) qui conserve la texture et le relief du gobelet, et esquisse la silhouette de la fiole en arrière-plan.

Un gobelet de verre gallo-romain
Un ensemble de fioles. Là encore, la liberté de choix du cadrage est maigre: trouver une composition qui ne conserve que les objets sans les étiquettes. Une fiole au premier plan, qui répond à la fiole bleue et dessine une ligne de construction en diagonale.

Assortiment de fioles gallo-romaines, verre bleu et vert
Entonnoir en verre (VIème s.)
Envie de couleurs pastel. Jeu de lignes et de formes simples, géométriques, pour une photo qui ressemble à un dessin estompé.
Je me suis placée face à l'ouverture de l'entonnoir, et c'est sur ce cercle de verre que j'ai fait la mise au point. J'ai intégré dans la photo la tranche de l'étagère de verre sur laquelle reposent ces objets: elle est de la même teinte vert d'eau que l'entonnoir, seuls 15 siècles les séparent.

Face à un entonnoir de verre (en grand format, on distingue la texture et les bulles du verre, qui contraste avec le fond velouté).
Je me suis placée face à l'ouverture de l'entonnoir, et c'est sur ce cercle de verre que j'ai fait la mise au point. J'ai intégré dans la photo la tranche de l'étagère de verre sur laquelle reposent ces objets: elle est de la même teinte vert d'eau que l'entonnoir, seuls 15 siècles les séparent.

Face à un entonnoir de verre (en grand format, on distingue la texture et les bulles du verre, qui contraste avec le fond velouté).
Collier or et lapis-lazuli et Entonnoir en verre
Du verre plus beau qu'un bijou. Un bijou qui nait d'un entonnoir de verre...

Collier Or et lapis-lazuli: un accord parfait particulièrement apprécié depuis l'Égypte antique.
Côté photo: réglages, prise de vue, post-traitement...
Des photos de nature morte:
Les photos d'objets de musée s'apparentent à la photo de nature morte. A quelques différences:
- Souvent, lorsque l'on met en scène une nature morte avant photo, on maitrise sa composition de bout en bout. Ici, pas question de déplacer un objet pour ajuster sa composition. On doit travailler avec la contrainte imposée par la vitrine.
- Autre différence, et plus importante pour moi: l'émotion qui se dégage de ces objets millénaires. Cette émotion impose une image plus subjective et personnelle.
Photographier au 50 mm (ouverture 1,4)J'aime utiliser le 50 mm (focale fixe) pour ces séances photos. A grande ouverture, on parvient à mettre en valeur ce qui nous touche tout en estompant l'arrière-plan. La focale 50mm ne déforme pas les lignes, et le piqué de mon objectif est parfait: les zones nettes sont détaillées et texturées et contrastent avec le bokeh (flou) d'arrière-plan. Pour résumer mon choix de focale, l'objectif 50mm me semble "naturel", une extension du regard qui me permets de "dessiner" ma photo.
Gérer le manque de luminosité: monter en ISO ou ouvrir?Côté réglages, on doit choisir entre monter en ISO si l'on veut une zone de netteté importante, ou ouvrir pour une plus faible profondeur de champ mais plus de lumière qui entre dans l'APN et une image moins bruitée. Choix personnel: je monte rarement au delà de 400 ou 500 ISO. Ce qui laisse une profondeur de champ suffisante pour souligner les lignes ou la texture d'un objet, dans un fond flou.
Le post-traitement: fichiers rawCoté post-traitement, ces photos demandent souvent plus de travail qu'une photo nature: les éclairages font parfois perdre les pédales à la balance des blancs (images verdâtres, rosâtres...) et la prise de vue en raw s'impose. Les photos de reflet sur du verre (comme la première) demandent souvent un ajustement sélectif de la luminosité, du contraste et de la saturation. (les reflets peuvent présenter un "voile blanc"). Enfin, dans les zones les plus sombres, un petit débruitage localisé est parfois nécessaire pour une image impeccable en grand format.
Dernière retouche: les poussières! Pas celles de mon capteur, mais celles qui parfois se collent aux vitrines. Quelques petits coups de tampon pour les supprimer...
Une dernière remarque sur la photographie d'oeuvres d'art et d'objets dans les musées: (en référence au sujet déjà abordé dans mon article "musée des beaux-arts, peinture et sculpture")Encore un choix personnel et totalement subjectif: pour m'éloigner du "cliché carte postale", j'aime me fixer des contraintes ou un thème. Ici, le verre et le reflet, ailleurs, chercher des associations symboliques entre les objets, des compositions qui donnent un sentiment d'enfermement ou au contraire de liberté... Tout est possible, et pour moi, la contrainte à priori stimule mon imagination et m'aide à éviter le cliché.
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Ton texte est superbe, merci également pour tes conseils en fin d'article :)
RépondreSupprimerLorsqu'on tombe en admiration devant de si beaux objets anciens, c'est une manière de reconnaitre que nous sommes issus de longues lignées d'ancêtres qui avaient du gout et nous ont aidé à forger le notre. Par exemple, ce n'est pas par hasard que j'aime les verres d'Emile Gallé. Pas parce qu'on m'a dit que c'était joli, ça dépasse tout ça, je crois que j'ai hérité d'une sensibilité, aussi importante que la couleur de mes yeux, qui me permet d'apprécier. Mon émerveillement prolonge le regard de ceux qui m'ont précédé qu'ils soient ancêtres ou visiteurs contemporains. Je ne sais comment le dire mais c'est l'une des plus belles manières de se sentir humain...
@ Darthmagus: je suis 100% d'accord avec toi: ces objets ne sont pas un retour sur le passé mais le terreau de l'avenir. Se sentir petits, inscrits dans une histoire, héritiers d'hommes différents, et avancer en intégrant cet héritage au monde contemporain: comme tu le dis: "l'une des plus belles manières de se sentir humain".
RépondreSupprimerCes objets sont merveilleusement mis en scène, oui mais la photographe a su les mettre en valeur avec son doigté et sa délicatesse!
RépondreSupprimerBravo Cathy!
bon We!
Bonjour Cathy.
RépondreSupprimerTon article fait rêver et nous emmène dans l'imagination des temps révolus, dans une certaine délicatesse parvenue, malgré les siècles, jusqu'à notre regard.
Des objets si fragile, surmontant l'épreuve du temps, donnent une sorte d'espoir de conservation du patrimoine, qu'il soit culturel où environnemental.
J'ai également toujours été admiratif des œuvres archéologiques pour la beauté des objets, mais surtout pour la compréhension de la (des) civilisation, sur son émergence, sur sa vie puis son déclin. Comment comprendre qui nous sommes si nous ne regardons pas en arrière ? Comment être humble sans comprendre que ces civilisations ne sont que passagères ?
Côté technique, je me demande pourquoi tu n'utilises pas un polariseur qui enlèverait les reflets des vitrines, même si j'ai une petite idée de ta réponse : le manque de lumière...
Dans ce cas, n'est-il pas possible d'utiliser un trépied, voir un monopode qui permettrait d'augmenter le temps de pose ? (c'est peut-être interdit dans les musées ?!)
Enfin, les objets que tu présentes sont superbes, le gobelet gallo romain est d'une finesse incroyable, c'est un miracle qu'il soit arrivé dans ce musée !
@ Carlib: Merci et bon week-end à toi :-)
RépondreSupprimer@ Olivier: Encore une fois, je suis tout à fait d'accord avec toi: se replacer dans la spirale de l'histoire, se savoir éphémère, mais si riche de trésors passés, c'est retrouver un sens harmonieux à sa vie. Mais sommes-mous si nombreux à penser ça? L'humilité ne fait pas bon ménage avec la course à la consommation, à la capitalisation...
Côté technique: tu as deviné. Plutôt que de perdre au moins un diaph avec un filtre polarisant, je choisis souvent d'intégrer les reflets. Et cela permet de créer des photos souvent plus riches et symboliques. Quant au monopode, je n'ai jamais eu l'autorisation...
Merci pour la précision, c'est étonnant que les monopodes soient interdis, peut-être pour empêcher les photographes de monopoliser l'espace devant les vitrines.
RépondreSupprimerQuand on vois que l'usage des trépieds est prohibé sur les trottoirs de Paris...
@ Olivier: je n'en reviens pas que le trépied soit interdit. Pour le monopode en musée, je me dis que ça pourrait se tenter avec une "cane-monopode" légère. Mais les musées ne sont souvent déjà pas très sympas avec les photographes (un gros enjeu financier je crois, sur les reproductions d'oeuvres d'art tombées dans le domaine public), alors je n'ai jamais essayé de tenter le coup.
RépondreSupprimer(Dans ce musée: très bon accueil aux photographes: aucune remarque, au contraire. Mais ailleurs, j'ai déjà été suivie pas à pas, avec des propos un peu flous (tentative d'intimidation?): "on peut faire des photos", mais pas avec un matériel comme le vôtre..."
Ton article me surprend (une fois de plus!) et pour une raison tout à fait personnelle: je n'aime pas le verre. Oserais-je l'avouer. Et pourtant je suis allée sur un site gallo-romain dans le Jura vaudois avec une personne férue d'histoire. Nous avons déterré des morceaux de verre et de poterie. J'ai aimé cette expérience-découverte mais je préfère toujours la terre.
RépondreSupprimerPourtant tes photos traitées avec art me séduisent: tu parviens à révéler le côté mystérieux de la pâte, cette matière parfois opaque selon sa composition.
Dit avec humour: je préfère encore le verre au PET.
@ Monic: Je viens de me rendre compte que j'ai écrit "cane" au lieu de "canne" dans ma précédente réponse à Olivier: Voilà à quoi nous mène la découverte des expressions (faire la caNe) dans ton blog ;-)
RépondreSupprimerJe me suis projetée dans ta quête de tessons de verre et de terre, et j'ai réalisé qu'en fouillant le sol, on s'émerveille sans doute davantage devant cette terre modelée de main d'homme que devant l'éclat coupant d'un bout de verre: c'est d'ailleurs ce que je ressens dans mon jardin, lorsque la bêche soulève un caillou un peu trop plat, un peu trop doux pour être un simple caillou.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ta démarche et à découvrir tes photos au cadrage très soigné. J'aime beaucoup les effets de reflets, pas toujours simples à maîtriser d'un point de vue technique. Je ne suis pas particulièrement interpellée par les objets en verre des musées mais tu me donnes envie de les découvrir d'un autre oeil!
RépondreSupprimer@ Spiruline: merci pour ton commentaire: il est quelque part dans les coulisses de blogger, qui fait encore des caprices. J'y répondrais plus en détail lorsqu'il sera revenu...
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