20/11/10

Le bal des casse-pieds (Yves Robert) devient réalité! (billet d'humeur)

Bienvenue au grand bal des casse-pieds!  (cours théorique)

 Le bal des casse-pieds, vous connaissez? Contrairement au bal des débutantes, le bal des casse-pieds est entrée libre, et ceux qui vous y entrainent à l'improviste sont rompus à l'exercice. Accessible à tous, à toute heure du jour et de la nuit. On s'y retrouve à faire des ronds de jambe, des pieds et des mains, à ramer pour en sortir. En vain! Car les casse-pieds sont légions!  Ils sont décidément partout! Ils ont de l'énergie à revendre et vous le font savoir en se nourrissant goulûment de votre corps et de votre esprit: Ils commencent par vous pomper l'air, se payent au passage votre tête, et parfois vont jusqu'à vous la prendre, cette tête à laquelle vous tenez, même les jours où elle fait 6 pieds de long. Pourquoi vous prennent-ils donc la tête? Mais parce qu'ils en ont besoin, de votre tête. Histoire de remplacer leur tête de bois, leur tête à claque, parfois trop grosse ou trop près du bonnet pour qu'elle ait l'air bonne. Non contents de vous prendre la tête, dont les cheveux se dressent sous cette atteinte à votre intégrité, les casse-pieds vous y cherchent ensuite des poux sans vergogne. 


Et voilà comment vous vous retrouvez à en avoir par dessus cette tête que vous n'avez plus. Vous levez les bras au ciel, dans le vain espoir de quitter la scène du bal. Mais cela crève les yeux: les casse-pieds n'ont pas l'intention de vous laisser tranquille. Plus d'air, plus de tête, et pourtant, ils s'accrochent et vous couperont les ailes si nécessaire! De les voir si nombreux, vos bras vous en tombent à leur tour... Ne reste qu'à baisser les épaules, qu'il vous faudra assez larges pour supporter l'interminable traversée de cette foutue salle de bal. Difficile de fuir la danse. Vous songez à prendre vos jambes à votre cou? C'est sans compter ce casse-pied qui vous tire dans les pattes. Ne croyez pas que cela vous la fera belle, cette jambe soudain coupée dans son élan. Car d'autres casse-pieds s'y scotchent par grappes entières. Vous en avez vraiment plein les bottes, de cette sale journée! C'est généralement à cet instant que vous valsez: d'un commun accord, les casse-pieds se mettent à vous traiter par dessus leur propre jambe, et vous soupçonnent de ne pas avoir assez les pieds sur terre pour continuer à danser. Vous voilà donc, pieds cassés, poings liés, contraint d'écouter ces gens qui ne se mouchent pas du pied sortir leur langue de leur poche sans prendre de gants, monter sur leur grand cheval et achever de vous briser les oreilles qui ne résistent pas au petit plomb dont est faite leur tête de pioche.

Dernier espoir: se tenter une percée vers le buffet, histoire d'échapper au brouhaha sans queue ni tête des danseurs. Alors que vous rêvez de battre la campagne, vous vous retrouvez à rire jaune en faisant la sourde oreille aux brèves de comptoir de pompeux personnages aux chevilles enflées qui ne savent pas s'occuper de leurs oignons, veste parfois retournée, et qui, verre à la main, continuent à vous faire trinquer. Vous croyez vous en tirer en vous rabattant sur les petits fours? Mauvaise idée! Autant vous jeter dans la gueule du loup: au menu, rien d'autre que des soupes à la grimace (très tendance, version verrine), et quelques pilules un peu difficile à avaler.

Décidément, sale journée... 
De vous à moi, je suis désolée de vous imposer mon billet d'humeur. Il faut dire qu'ici, en votre compagnie, je me sens plutôt bien: pas de casse-pieds sur le blog, mais des visiteurs riches de leur diversité qui en ont fait cet espace où je me plais à écrire, peut-être un peu trop, quitte à en devenir casse-pieds à mon tour, les jours où j'en ai par dessus la tête. Un grand merci pour votre compréhension...
Film le bal des casse-pieds, Yves Robert
L'affiche du film Le bal des casse-pieds (Yves Robert) Sorti en 1992... mais toujours d'actualité.

 

En pratique, comment reconnait-on un casse-pieds?

Fin de la théorie, place à la pratique:
Dans la famille casse-pieds, on trouve le pédant, le sans-gêne, le collant, l'ambitieux, le prétentieux, l'égoïste, l'étouffant, celui qui rêvait d'être allumeur de réverbère, des tas de messieurs très importants, des frustrés, des bouchés et des mal embouchés, des grognons, des empêcheurs de tourner en rond, des obséquieux, des hypocrites, des narcissiques... 
Vous l'aurez compris: le casse-pieds est par essence polymorphe. On peut pourtant affirmer que le casse-pieds est un grincheux, même s'il se prétend joyeux drille, voire généreux et ne se prive pas de vous traiter de rabat-joie. On remarque aussi que le casse-pied a de l'énergie à revendre (sans doute celle qu'il vous a prélevée): il peut passer des heures à vous expliquer la vie, à vous donner des leçons (maigre rétribution au regard de tout ce qu'il vous a pris au préalable...), à s'occuper de vos affaires ou tout simplement à se coller à vos basques.

On ne le dira jamais assez: les casse-pieds sont partout. Je suis sûre que vous en avez (trop) souvent rencontrés, dans la vie réelle, mais aussi sur la toile. Ce sont ceux-là qui inspirent aujourd'hui ma plume. Ces quelques-uns, qui réapparaissent régulièrement dans ma boîte mail: ce ne sont jamais les mêmes, et pourtant, à chaque fois, ils se fendent d'un courriel qu'ils croient personnel, sans savoir que d'autres avant eux me l'ont déjà écrit. La première fois que les casse-pieds débarquent dans votre boîte mail, ça fait sourire.La dixième fois, on soupire. Et un jour pas fait comme un autre, vous vous retrouvez à gérer trois ou quatre casse-pieds en moins de 24 heures, et qu'on se le dise: la coupe est pleine! 
Si seulement quelqu'un pouvait inventer un filtre anti-casse-pieds aussi efficace que mon filtre anti-spam...

Casse-pieds du web, quelques prototypes:  


Les casse-pieds qui aiment avoir raison, même lorsqu'ils sont pris la main dans le sac:
  • Genre: masculin à 90%
  • Caractéristique: Docteur es promotion des arts, n'agit que pour votre bien.
Exemple: Pour la énième fois, vous contactez le webmestre d'un forum qui diffuse sans autorisation vos photos. Et vous voilà embarqué dans un échange mail sans fin, où Monsieur le Docteur es référencement des auteurs vous sert en guise d'excuse les éternels arguments: "Ne vous plaignez pas, je fais la promotion de votre travail. TOUS les photographes sont ravis de voir leurs photos dans notre forum, il n'y a bien que vous pour réclamer leur retrait."
Et pour finir, le verdict tranchant comme un couperet: "Madame, vous ne connaissez rien à la promotion et au référencement. Je vous conseille de vous renseigner auprès de vos collègues, tous les photographes vous diront qu'il est excellent pour vous que les membres de mon forum diffusent vos photos..."
Outre l'absence d'excuses, ce Docteur es référencement oublie juste un petit détail qui égratigne le vernis "spécialiste du référencement des photographes" dont il s'est oint grassement: Non seulement il soutient l'utilisation de photos "trouvées sur le net" et donc diffusées illégalement, mais ces photos sont prélevées en hotlink (glisser-coller), ce qui déréférence nos images au profit de son fameux forum.


Les casse-pieds sans complexe:

  • Ceux-là vous surprennent au détour d'un mail (ou d'un commentaire) saugrenu. Requêtes diverses, exigences variées, mais toujours urgentes.
  • Caractéristiques: ton sec, emploi de l'impératif, pas de signature ni la moindre formule de politesse.
Quelques exemples?
  • Voilà une photo de colibri moro-sphinx prise hier avec mon compact. Merci de l'ajouter à votre article.
  • Ma copine a fait un site photo. Merci d'aller voir pour la conseiller au plus vite.
  • Merci de m'envoyer tous les documents et liens que vous possédez sur tel sujet: j'en ai besoin pour un mémoire.
Vous n'y croyez pas? Rassurez-vous, moi non plus. Vous pensez que j'en rajoute? Détrompez-vous: ces casse-pieds-là sont vraiment sans complexe! Je vous assure que de tels mails arrivent régulièrement dans ma boîte... Hier encore, "on" (anonyme) m'a enjoint d'apporter dans les plus brefs délais un rectificatif à l'un de mes articles.
La requête textuelle: "Très belle photo mais le commentaire me semble dangereux: assimiler cette baie toxique à un bonbon peut inciter des enfants à la goûter. Alors merci de rectifier."  Bien sûr, comme tout casse-pieds qui se respecte, pas de bonjour, pas d'au revoir, pas de signature, pas de référence à un quelconque article de l'un de mes blogs... Que croient donc les casse-pieds? Que nous sommes télépathes?
Cher anonyme, 
Après des recherches dans mes articles, j'ai fini par retrouver un billet dans lequel j'évoque la couleur "rose bonbon" des baies de fusain. Je suppose que c'est l'utilisation de cet adjectif de couleur  associé à la baie de fusain qui a provoqué votre mail? Rassurez-vous: mes messages ne sont pas à la portée d'enfants en âge d'avaler n'importe quoi. Mais pour vous faire plaisir, je vous accorde le rectificatif que vous exigez: 
A tous les enfants qui passent par là: l'expression "rose bonbon" est un adjectif de couleur, comme "bleu ciel", ou "vert amande". Cela ne signifie pas que tout ce qui est rose bonbon doit se porter à la bouche, pas plus que tout ce qui est "rouge cerise", ou encore tout simplement "orange". Mais je suis sûre que tout ça, vous le saviez déjà...

 Les casse-pieds qui n'aiment pas l'orthographe:
Je profite de cet article pour aborder une bonne fois pour toute 2 points orthographiques pour lesquels je reçois régulièrement des petits mots, parfois sympathiques, et beaucoup plus souvent aigres-doux. 
  • Genre: indifféremment masculin ou féminin.
  • Caractéristique: aime perdre du temps à moucher à tort.

Exemple 1) Mademoiselle H, de passage sur mon blog, daigne s'arrêter pour laisser un commentaire un brin condescendant: "voilà de jolies photos. Je me permets de te signaler qu'il y a une faute d'orthographe dans le titre de ton blog, c'est dommage... ;-)"
Réponse à mademoiselle H, et à tous les autres qui gentiment m'écrivent pour m'annoncer que le titre de mon blog est mal orthographié, avec une jubilation à peine dissimulée derrière le plaisir d'entourer à l'encre rouge les erreurs des autres:
Chère mademoiselle H,
Merci de votre intervention publique sur mon blog. Il m'arrive évidemment de faire des fautes d'orthographe dans mes articles. J'en suis désolée, et je m'en excuse auprès de mes visiteurs. Je m'empresse de corriger dès que je m'en aperçois. Concernant le mot "BALADE", je me permets toutefois de vous informer que vous confondez balade et ballade: Je vous invite à faire une petite balade ou promenade en Champagne, mais je ne prendrais jamais le risque de vous convier à écouter une Ballade (une chanson)  de mon cru, qu'il soit champenois ou pas.
C'est dit une bonne fois pour toute: ne confondez pas "Balade" et "Ballade"...

Exemple 2) Monsieur Z, m'envoie un gentil petit mail: "Madame, résidant dans la même région que vous, je ne peux que me réjouir lorsque quelqu'un en fait la promotion. Toutefois, j'ai pu constater que vous avez, et ce à plusieurs reprises, mal orthographié notre belle région: vous écrivez "Champagne-Ardenne" au lieu de "Champagne-Ardennes". Voilà une erreur qui altère votre image de photographe régionale"
Réponse à Monsieur Z, et à tous ceux qui persistent à me signaler cette erreur:
Cher Monsieur Z,
Merci de l'intérêt porté à mon image. Vous soulignez avec beaucoup de tact une particularité orthographique telle que la langue française se plait à en inventer pour mieux nous pousser à la faute. Je me permets de vous informer que la région Champagne-Ardenne s'écrit bien au singulier, contrairement aux Ardennes seules, qui s'écrivent au pluriel.
C'est dit une bonne fois pour toute: écrivez "les Ardennes", mais occultez le S lorsque vous parlez de la région "Champagne-Ardenne"...

***
 Fin de mon propre bestiaire de casse-pieds du web. Je suis certaine que nous avons tous une belle brochette d'anecdotes croustillantes ou amères sur le sujet.
Je tiens absolument à terminer sur une note de bonne humeur et adresser mes plus sincères remerciements à un grand monsieur du cinéma: l'auteur du film d'utilité publique "Le bal des casse-pieds". J'ai cité Monsieur Yves Robert, qui nous a hélas quitté en 2002: 

Cher Monsieur Robert, 
Votre film a été à plusieurs reprises une vraie bouée de sauvetage: invitée au bal, enlisée dans des discussions casse-pieds, (je n'oserais pas écrire "casse-bonbon"), je pense à Miou-Miou en train d'exploser et aussitôt, je m'évade au dessus de la mêlée. Et si cela ne suffit pas à maintenir à distance la grande vague des casse-pieds du jour, je vois alors Jean Rochefort qui lui aussi lève les yeux au ciel et soupire, un sourire au flegme si élégant au coin des lèvres. Ces deux-là sont mes héros! Grâce à eux, j'ai admis que les casse-pieds sont nombreux, qu'ils sont partout, mais qu'en cherchant bien, on finit par trouver quelque part un petit coin de paradis où l'on se sent bien.

12 commentaires:

  1. Bonsoir Cathy,
    Ton texte m'a fait sourire, rire aussi car tu décris parfaitement une catégorie de visiteurs souvent pénibles, rarement drôles, hélas!
    Philippe

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  2. Salut Cathy,
    merci pour ton article qui m'a fait beaucoup de bien. Je me suis franchement marré de nombreuses fois en le lisant.
    Et en plus tu y as mis le style. C'est hyper-chiadé.
    Revoir le nom d'Yves Robert m'a fait plaisir tant j'aimais ce cinéaste à gros cœur.
    Merci.

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  3. @ Darthmagus: Mieux vaut en rire... En fait, j'ignore si "mes" casse-pieds sont vraiment des visiteurs. Je les vois plutôt surfeurs de passage, à l’affût d'un blog à qui casser les pieds.

    @ Essere: Contente de savoir que cette lecture ne t'a pas trop cassé les pieds.

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  4. Génial ton article, et mazette quel courage: je suppose que certains casse-pieds vont peut-être te reconnaître (ceux que tu as rencontré autour du buffet par exemple). J'espère que ce n'était pas lors d'un de tes vernissages!?

    PS Je n'ai pas trouvé de fautes d'orth dans ton billet d'humeur... qui m'a bien fait sourire.

    PS2 Les champions casse-pieds (genre:masculin), les appelle-t-on casse-c...(censuré)?

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  5. @ Monic: J'ai hésité à me lâcher et certains se reconnaîtront peut-être... Tant pis? Tant mieux? Ils ne sont pas si nombreux, mais parfois, on dirait qu'ils se passent le mot pour frapper à ma porte tous en même temps. C'est vrai que certaines situations attirent les casse-pieds, et même des casse-pieds poussiéreux qui ne sortent que pour les évènements + ou - publics.

    PS: merci pour ta relecture attentive: j'ai moi aussi relu un peu plus soigneusement que d'ordinaire, mais dans l'émotion...

    PS2: Oui, mais pas ici: trop choquant pour les oreilles des bambins.

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  6. Ah oui, j'oubliais les rose-bonbon!!

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  7. Intéressant et tellement vrai ton texte Cathy. C'est vrai, il fait sourire, car tu t'exprimes avec tellement de tact et d'humour. Passe un bon dimanche!

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  8. @ Titane: Merci à toi de ne pas t'être enfuie en courant devant mon billet d'humeur. Bonne fin de week-end

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  9. Tu es tombé sur une bande de Versaillais lors d'un rallye ? Désolé de rire un peu de ton malheur ;) (quoi que le mot "poiler" serait plus exact...)

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  10. Un petit billet d'humeur, cela fait du bien et défoule de temps à autre ...

    Cdt,
    Jma

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  11. @ Raf: "un rallye versaillais"?... ça doit être tout un spectacle!

    @ Jma: Jouer avec les mots m'a toujours aidé à tourner la page. Et depuis que je tiens le blog, je vous en fait profiter... Désolée ;-)

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