01/02/11

Des gens, une ville de Champagne la nuit: photos pour le projet 26?

Photographier les gens... La motivation du projet 26!

L'invitation à participer pour la Champagne-Ardenne au Projet 26 est arrivée à un moment où j'avais en tête des désirs d'évasion. Aller voir ailleurs, au delà des champs et des forêts. Arpenter un bref instant les trottoirs bitumés que j'ai quittés il y a une dizaine d'années pour mon petit trou de verdure. Retrouver l'ambiance tamisée du comptoir où l'on avale un petit noir sur le pouce avant d'aller travailler. Retrouver les silhouettes sombres qui se hâtent de rentrer chez elles, dans la nuit précoce de l'hiver. Retrouver tout ça le temps d'une virée, puis regagner ma campagne, allumer un feu dans la cheminée, un chien sur les pieds, un chat sur les épaules. 
Je suis donc "montée à la ville" un peu plus souvent que de coutume, ces dernières semaines, en quête d'inspiration pour le premier thème du projet 26: Les gens...

scènes de nuit en ville

J'aurais pu m'orienter vers le portrait, qu'il soit des villes ou des champs. Mais je ne suis pas particulièrement à l'aise en portrait, et par respect pour le projet 26, je n'ai pas trop envie de m'aventurer sur un sentier sur lequel je risque de glisser. Je suis donc partie sur une approche plus environnementale: les gens dans leur univers. Rechercher des photos qui portent en elles une atmosphère. Et comme je suis dans ma phase "photo nocturne", j'ai peu a peu affiné mon approche en photographiant dès la tombée de la nuit. 

Recherche d'images sur la solitude urbaine, le désert que sont les villes de province après 7 heures du soir. Cette quête d'atmosphère s'est imposée d'elle-même: j'ai habité et travaillé des années en plein centre ville de Reims. Et j'ai aimé cette vie citadine, faite de beaucoup de marche à pied, de cinémas, de cafés, de concerts de rue... Puis, il y a eu ce désir de changer d'air. Campagne, toujours de la marche à pied, mais plus de café, plus de bitume, même plus une boulangerie (vive la machine à pain!). Aujourd'hui, à chaque fois que je retourne dans "mon ancien monde", j'ai l'impression d'observer toute cette agitation avec beaucoup de tendresse, mais aussi beaucoup de recul. Cette distance s'accentue encore lorsque je porte autour du cou un apn. C'est ce regard sur ces ombres solitaires qui font vivre la ville la nuit, filtré par la distance avec la vie citadine que m'apporte ma campagne, que je tente de traduire en images. Un regard plein de respect et de tendresse, avec peut-être même parfois une pointe de nostalgie.

(Clic sur les photos pour les afficher en grand)

Il est l'heure de promener le chien!

 Une librairie éclairée, pleine de livres, vide de gens. Dans le miroir en devanture, le reflet d'une autre boutique. Le miroir est teinté: les "vrais gens" passent naturellement en noir et blanc.
Promenade du chien, reflet dans le miroir de la librairie
La promenade du chien, entre librairie et boutique de thé

Restaurant de nuit, ambiance Edward Hopper

 Un petit restaurant en bord de route. Une ambiance directement inspirée de certains tableaux d'Edward Hopper (Nightawks) .
Photo restaurant de nuit, ambiance Edward Hopper
Une lumière dans la nuit: un restaurant à l'atmosphère d'Hopper

La solitude des parkings souterrains...

Entrée d'un parking sous-terrain. Des silhouettes s'avancent comme des fantômes vers les ascenseurs. Comme dans la première photo, la vie est ici en noir et blanc, pointillée par la couleur froide de quelques néons.
Parking souterrain, photo de ville de nuit
Solitude, l'ascenseur du parking souterrain

Série "villes de province" (et de Champagne!)

Reims, Chalons-en-Champagne, Troyes, Epernay... Ce sont ces villes que j'ai arpentées pour trouver ces images. J'espère prolonger cette série avec des photos prises dans des villages (pas évident... on s'y heurte souvent aux volets clos). Je ne suis pas encore certaine que je proposerai des photos de cette série pour le projet 26, mais c'est une possibilité, et c'est un thème que je vais continuer à creuser.

 

Les coulisses de la série photos: 

Voilà quelques éléments propres à cette série de photos:
  • Un format horizontal, des photos construites autour de lignes horizontales et verticales, à partir d'une symétrie autour d'un axe central. Cette construction assez rigide fige les images, arrête le temps. 
  • L'intégration de différents plans: une silhouette sombre qui se glisse devant la scène, des jeux de reflets... Comme si ces gens des villes suivaient tous leur propre chemin parallèle, sans jamais se croiser. Sentiment renforcé par les différentes ambiances lumineuses sur une même image: la couleur ne se lit pas forcément sur les visages, mais sur des objets inanimés.
  • Côté traitement des photos de cette série, j'ai volontairement choisi une balance des blancs assez froide, type néons. Je ne cherche pas du tout le "portrait", mais au contraire une image qui soit le symbole de cette solitude urbaine. Influencée par le monde de la peinture, j'ai opté pour un lissage du bruit. Ce lissage me permet de dépersonnaliser les personnages qui hantent une scène en suspens, et d'accentuer l'aspect symbolique.
Parenthèse: la gestion du bruit
Le bruit, sa gestion, son accentuation ou son absence est vraiment un sujet qui m'interpelle. Le prendre en compte fait partie intégrante de l'acte de photographier. En "photo nature", je recherche une image sans un grain de bruit: quelques traits de pinceau nets sur mon sujet, et le reste qui se fond en un doux bokeh
En photo urbaine, le bruit fait parfois partie intégrante de l'image, qui pourrait être dénaturée si on la lissait trop. 
Mais dans cette série (prise entre 400 et 640 ISO), après avoir expérimenté différents traitements de mon fichier raw, je me suis arrêtée sur ce lissage qui aurait été trop marqué pour une photo que l'on voudrait "réaliste". Je ne recherche pas le réalisme, au contraire. Je cherche des scènes que l'on pourrait trouver partout, habitées par ces gens solitaires que nous avons tous été un jour. (Côté traitement du bruit, j'ai procédé exactement comme pour la plupart de mes macros, en débruitant juste un peu plus: je n'ai pas débruité toute l'image uniformément. J'ai appliqué un traitement du bruit adapté à chaque zone en visualisant ma photo à 100%.)


Toutes mes excuses...

Comme à mon habitude, j'ai laissé mes doigts courir sur le clavier... Décidément bavarde! J'espère que mon billet ne vous apparaîtra pas comme un long monologue. Je crois que j'avais besoin d'exprimer en public l'intention photographique qui nourrit cette série de photos, et rédiger cet article m'aide à mieux cerner ce que je cherche.

Un peu stressée de vous présenter tout ça, alors que je vous ai habitués à plus de nature et plus de sérénité dans mes images. Mais comme vous le savez, dans mon cabinet de curiosités intérieures s'agitent des dizaines d'influences très différentes les unes des autres... Ce travail autour de la construction et des jeux de reflets  n'est pas vraiment nouveau: je vous l'ai déjà présenté à travers mes photos d'oeuvres d'art au musée. Et que les amateurs de fleurs et de papillons se rassurent: je n'abandonne pas pour autant la macro. Je pense au contraire que pratiquer différents types de photos ne peut qu'inciter au renouvellement et à la créativité, quel que soit l'objectif vissé sur son boîtier.


... et tous mes remerciements!

Je tiens à conclure un peu pompeusement par des remerciements: 
  • Remerciements particuliers aux instigateurs du projet 26: cette invitation à participer a vraiment été l'élément inducteur grâce auquel j'ai enfin pris le temps de réfléchir à autre chose qu'à la photo nature. 
  • Remerciements tout aussi particuliers à Essere, qui m'a offert l'objectif 50 mm f/1,4 que j'utilise de plus en plus souvent. Il a toujours su que ma curiosité me porterait dans différentes directions, et il avait raison!

13 commentaires:

  1. Bonsoir Cathy,
    C'est étonnant. Tes macros nous ont habituées au flou, au bokeh, au détail magnifié par des lignes qui ressemblent à des coups de pinceaux... Et je découvre cet univers de rectangles, de cases sombres, d'ombres. Je ne vais pas dire que j'aime tes photos urbaines mais j'aime le fait d'être étonné, de ne pas pouvoir te réduire grâce à ces photos. Continue à nous surprendre !

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  2. Je dirais que Darth a bien résumé ce que m'inspire cet article, c'est tout fait surprenant de découvrir cette nouvelle corde à ton arc, déjà si bien garni!!
    Bravo!

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  3. @ Darthmagus: je savais que mon côté sombre allait surprendre ;-)
    En fait, je ne suis pas si loin de mon travail macro: un travail sur la lumière (ou son absence), et une faible profondeur de champ pour un bokeh suggestif. La photo très construite, avec un mélange de lignes simples dans un environnement qui fourmille de détails est un exercice que j'aime bien.

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  4. Salut Cathy,
    tout d'abord,je suis fan de ce type de photos, hyper construites mais qui montrent crument les choses, sans concession.
    Ensuite, dans ce nouveau champs, je constate avec joie que tu as encore su tracer ton chemin. En clair, c'est bien et, en prime, il y a un style, une touche.
    Si on doit chercher un rapport avec tes photos-nature, on pourrait dire que tu montres des choses, sans artifices ni complaisance mais, en même temps, avec le respect de tes sujets.
    C'est en tout cas, comme ça que je le ressens.

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  5. @ Noushka: Mon blog est plutôt nature, je n'y raconte pas toujours tout ;-)

    @ Essere: J'aime bien ton ressenti.
    Tu as raison, j'ai du mal à faire des concessions, que ce soit dans la vraie vie ou dans mes images.

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  6. J'applaudis cette diversification et suis heureuse de voir ta sensibilité et ton talent s'exprimer dans d'autres domaines. La première image ressemble presque à un diptyque! J'aimerais savoir si tu pars à la chasse aux images en ayant déjà bien en tête l'architecture que tu entends donner à ta série ou si celle-ci naît spontanément au cours de ta prise de vue?

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  7. Tu décris cette solitude urbaine en mots comme l'aurait peint un impressionniste ; avec une pointe de divagation en prime ;)

    Et oui : en quittant un lieu plus urbain, on le regarde différemment avec le recul et l'on se surprend à découvrir des détails qui étaient passés inaperçus jusque-là.

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  8. Je suis agréablement surprise de découvrir un autre registre de ton talent.
    Je vois un lien entre tes photos nature et tes images urbaines: il n'y a pas d'artifice, du moins je ne ressens pas de “trucages”. On a juste placé notre regard derrière ton boîtier et on voit... une histoire qui se profile mais qui ne s'achève pas sous nos yeux. On ne fait que passer.
    D'autre part, je suis sensible au fait que des éléments apparaissent en relief sur chacune de tes images ce qui les rend particulièrement vivantes.

    J'aimerais être une chauve-souris (juste un instant) pour observer comment tu t'y prends parmi les passants...

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  9. @ Spiruline: J'ai en tête une vague idée générale: des lignes de construction plutôt horizontales/verticales, inclure plusieurs "fenêtres" (reflets...). Le reste, c'est le hasard ou les réflexes. Dans cette série, j'ai eu le temps d'ajuster mon cadrage seulement pour la dernière. Les deux autres ont été prises "à la volée".
    J'ai recadré légèrement pour coller aux dimensions demandées par le projet26 (diminuer la longueur), et ça n'est que devant l'ordinateur que je me suis rendue compte que plusieurs de mes photos s'articulaient autour d'un axe central.

    @ Raf: Oui, on voit ce que l'on a été, et tout ce qu'on n'a pas pris le temps de voir avant. Notre installation en rase campagne a fait peur à beaucoup de nos amis: "Vous allez vous ennuyer!". Pourtant, depuis, je trouve la solitude de la ville beaucoup plus dure que la solitude apaisée de la campagne.

    @ Monic: Ton commentaire me touche: c'est ce que j'essaie de faire, surprendre un petit bout de vie, sans tomber dans le voyeurisme.

    Pour la prise de vue concrète, ça n'est pas évident. Il y a eu le malaise à photographier les passants, un peu l'impression de voler ces images (maintenant, ça va mieux). Il y a le côté réflexe: je n'ai souvent que le temps de déclencher. Et si la grande majorité est indifférente à l'apn, lorsque je suis seule (avantage d'être petite?), j'ai plusieurs fois été apostrophée (du genre: monsieur un peu trop éméché qui se mettait en scène devant moi, etc...)

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  10. C'est bien de changer de style et de visiter toutes sortes d'univers, qui, à priori, ne font pas partie de tes habitudes !
    Continue !

    Biseeeeeeeees de Christineeeee

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  11. Suis-je vraiment à contre courant des réflexions générales des visiteurs précédents, pas si sûr au final car je les rejoins tout à fait sur la touche artistique tout à fait personnelle et aboutie de tes photos. Par contre je ne les suis pas du tout sur l'étonnement provoqué par cette production un peu inhabituelle, venant de toi, car je te savais totalement capable de cette tâche digne d'une artiste pétrie de talents qui n'a pas fini de nous montrer la palette de sa créativité. Bravo donc Cathy pour ce bel article illustré avec une maîtrise digne de photographes renommés.Je sais aussi que tu ne penseras pas, me connaissant un petit peu, que j'agite la brosse à reluire pour faire joli dans le décor. ;-)

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  12. En effet Cathy, si je ne devais m'arrêter qu'à tes photos macro dont j'en tire toute ma formation, c'est vrai que celles-ci sont très interpellantes. Elles titillent ma curiosité, satisfaite par tes explications et ton cheminement. Encore une fois tu fais mouches non par la 'qualité' des photos mais ta manière d'aborder le sujet, par la manière de construire tes photos. Tu nous pousses à prendre celles-ci autrement, en tout cas moi tu me pousses à me prêter au jeu. Ça tombe bien, à défaut de nature (il n'y a pas beaucoup de monde au balcon), photographier sa ville le soir, voilà encore un bel exercice! Merci de ce beau partage, et merci aussi de m'avoir "prêter" tes yeux pour cet exercice! Belle fin de semaine. xoxo

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  13. @ Christineee: J'aime pas les habitudes ;-)

    @ Roger: Je suis encore toute petite dans la "photo de rue", même à ma sauce. Mais l'exercice me plait!

    @ Titane333: Merci pour ce commentaire :-) J'ai fait beaucoup de photo de nuit, cet hiver, sous différentes formes. Il y a un point commun avec la macro: la difficulté à gérer la lumière.

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